Je n’ai pas la notion de nostalgie. J’ai une faculté d’oubli. C’est, je crois, une qualité.
Elle est volontaire, il y a des épisodes que j’ai voulu effacer de ma vie, Il y a eu des incidents, sur le plan sentimental surtout. Elle est sélective, je garde des moments cruciaux.
L'enfance
Ma mère avait perdu un petit garçon avant ma sœur aînée, elle ne voulait plus d’enfant. Et puis elle se trouve enceinte...
Alors elle va voir un mec - à l’époque c’était extrêmement prohibé et dangereux - dans un quartier glauque, Pigalle ou Barbès. Elle entre et voit une cuvette en émail, rouillée, cerclée de mauve, une cuvette à l’ancienne. Elle a eu peur, elle est partie.
Ensuite, le toubib entend battre deux cœurs et lui dit “Vous avez des jumeaux.”
Elle se dit “Chic, je vais avoir deux p’tits gars.” Le premier à sortir, c’est ma sœur, Alors elle s’est mise à pleurer en se disant “Je vais avoir deux filles.”
Et qui arrive ? Lulu ! (rires)... Alors là, évidemment, j’étais le chouchou de ma maman.
Mon premier souvenir est musical. C’est mon père au piano. Je devais l’entendre quand j’étais encore dans l’intérieur de ma mère... Il jouait Scarlatti, Bach, Chopin, Gershwin, Cole Porter, Irving Berlin. Ma première initiation.
Plus tard, il m’a mis lui-même au piano, au piano classique. A la TSF, comme ça s’appelait à l’époque, on n’écoutait que du classique. Mon père s’y mettait par plaisir mais, de par son métier, il était obligé de jouer la “Rhapsodie in blue” etc. etc. Que j’ai essayée, mais je n’ai jamais pu, je n’avais pas assez de technique.
Ses parents étaient-ils déjà musiciens ? Il a toujours été très secret là-dessus, je n’ai jamais su. Je ne savais rien. Il voulait être peintre, il a abandonné, il a fui les bolcheviques en passant par la Turquie et a dit “Le pays de la liberté, c’est la France.” Il avait une trentaine d’années.