Interview Vanessa Paradis
•J'ai connu Serge Gainsbourg un an avant sa disparition comme dans un rêve ... ![]() Franck Langolff avait composé les musiques de mon deuxieme album, nous avions approché Renaud, buzy, Souchon, lorsque Serge Gainsbourg annonce à la radio que j'étais la seule artiste pour laquelle il travaillerait encore. Nous avons pris contact, il nous a accueillis rue de Verneuil avec mon oncle Didier Pain et Franck et ses douzes morceaux. Gainsbourg etant occupe avec Joelle Ursull (45t White and Black Blues pour l'Eurovision)et avec l'album de Jane Birkin (Amours defuntes) nous espérions au mieux une participation. Il nous a demande de prendre une puis toutes les chansons, je n'en revenais pas...moi qui avais grandi avec ses disques ! je me souviens du jour ou mon pere est revenu avec "Aux armes etc". Je me rapelle un diner chinois que je lui avais prepare, je cuisinais depuis peu, ce devait etre la premiere fois qu'il mangeait si mal mais il fut extremmement poli ! Me revient aussi le souvenir d'un apres midi ou nous buvions ensemble du jus de cerise... Lors des seances de boulot, je n'etais pas directive. Peut etre lui ai je demande une ou deux retouches mais en gros je lui laissais suivre son theme : l'Amour et ses variations. Il m'observait beaucoup... ses mots entre lesquels il placait ses expressions Gainsbouriennes comme "p'tit gars" correspondaient à la fille que j'étais : malmenée et fort critiquée. Un temps j'ai été impressionnée, mais comme au cinema,le trac s'estompe dans les confrontations des personnalites. J'avais peu d'experience et jamais pris de cours, les premieres phrases etaient hesitantes, l'articulation penible et parfois je chantais faux ! Dans la direction des voix, Serge acceptait de melanger mon approche intuitive à des placements tres precis. Comme sur les vieux documentaires ou on le voit diriger Jane Birkin en studio, il bougeait les mains, tel un chef d'orchestre pour que les mots tombent exactement sur les accents souhaites. Avec lui j'ai appris à appuyer une consonne à faire sonner telle syllabe.
Nous avons gardé contact jusqu'à la fin, je ne pense pas que sa mort ait coupé les liens. Pendant la preparation de mon nouveau disque j'ai beaucoup pensé à lui. J'espérai que de la haut il me regardait devant la page blanche. Je me plongeais dans son recueil "Dernières Nouvelles des Etoiles" pour y trouver de l'aide. On a rarement fait des chansons a ce point degagees de toute artifices pour que ne reste qu'un texte simple, brillant sur une melodie sublime. A 16 ans, j'étais plus spectatrice que capable de prendre part à nos discussions... Ca n'a pas été "l'Enfer" comme le disait Serge mais de jolis moments, des heures au telephone ou un instant grave pouvait basculer en eclats de rire. Des futilités difficiles a retranscrire dans une interview...
|