Interview Charlotte Gainsbourg et Yvan Attal.
Une seule chose m´a toujours gênée: que mon père garde une note où je chante faux. Il y trouvait un charme ...
Les Inrockuptibles: Avez-vous reçu, l´un et l´autre, une éducation musicale poussée?  Charlotte Gainsbourg: On m´a aiguillée un petit peu, mais ça s´est surtout fait à travers ce que j´entendais autour de moi, à la maison. On ne m´a jamais forcé la main. Pour tout dire, petite, j´avais des goûts de chiottes! Comme tout le monde, quoi... Yvan Attal: En fait, mes parents n´étaient pas du tout musiciens. Ils ont quand même voulu que je joue du piano, malheureusement ça n´a pas duré très longtemps. Mais j´ai eu la chance d´aller en vacances avec des amis qui avaient une grande fille de 12 ou 13 ans, quand moi j´en avais 5 ou 6. Elle écoutait les Beatles sans arrêt. Je me souviens particulièrement de "Good Bye Hello: I say yes, you say no..." (il chantonne). C´était un peu concon, mais ça m´avait tapé la tête et j´avais supplié mes parents de m´acheter l´album bleu. Donc, à 5-6 ans, j´ai écouté passionnément ce disque et tout est parti de là. Aujourd´hui, quand je repense à une fille, ça me rappelle une chanson des Beatles. Et ils en ont fait un paquet... J´étais un sacré tombeur! (rires)...
Les Inrockuptibles: Avez-vous envisagé une carrière musicale? C.G: Ce que j´ai enregistré avec mon père, je ne l´ai jamais considéré comme le début d´une carrière, comme un métier possible. Mais ça m´a tentée à une époque, et ça me tente encore. Pour autant, je ne me sens pas véritablement une vocation de chanteuse. J´ai conscience de ne pas avoir une grande voix, et puis ça me complexerait de n´être qu´une interprète. Ou alors, il faudrait que je trouve l´auteur-compositeur idéal, je me vois mal éparpiller les collaborations. J´attends une rencontre.
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Interview Aude Turpault
On me demande s'il ne dormait pas dans un cercueil, ou s'il ne sentait pas mauvais, et quand bien même d'ailleurs, qu'est-ce qu'on en a à foutre ?
•Aude Turpault, bonjour, et merci d'avoir accepté de nous rencontrer. Pour vous présenter en quelques mots, on dira qu'un jour de 1986 - vous aviez alors douze ans -, vous avez débarqué avec votre meilleure amie de l'époque, A.-C., au 5 bis, rue de Verneuil, chez Serge Gainsbourg, pour le prendre en photo. Il a accepté, mais cela ne vous a pas suffi, puisque quelques minutes plus tard, vous êtes revenues à la charge et vous avez demandé à entrer. Il a dit oui et c'est ainsi que vous avez entamé avec lui une sorte de relation père-fille(s) qui a duré jusqu'à sa mort et que vous avez décrite dans un livre publié il y a deux ans aux éditions Florent Massot et appelé " 5 bis ". Vous avez fait une figuration dans son film " Stan The Flasher ", qui a été réédité en DVD il y a quelques jours. En le visionnant, nous avons eu beau vous chercher parmi les collégiennes assises sur l'escalier du parc Montsouris, nous ne vous avons pas trouvée…
Si, je suis tout en haut, Serge avait demandé qu'on me surélève...
•Il était question au départ que vous teniez le rôle qui a finalement échu à Elodie Bouchez. Pourquoi cela ne s'est pas fait ?
Je ne sais pas du tout. Je ne pense pas que c'était pour des questions de production, comme me l'avait dit Serge, ça, c'était plutôt une excuse de sa part. A.-C. et moi étions très connues pour être toujours à ses côtés, je crois qu'il ne voulait pas nous imposer encore une fois, et dans un projet cinématographique, qui plus est. Il a dû penser à ce qui se dirait dans son entourage…
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Interview Vanessa Paradis
Ca n'a pas été "l'Enfer" comme le disait Serge mais de jolis moments, des heures au telephone ou un instant grave pouvait basculer en eclats de rire.
•J'ai connu Serge Gainsbourg un an avant sa disparition comme dans un rêve ...  Franck Langolff avait composé les musiques de mon deuxieme album, nous avions approché Renaud, buzy, Souchon, lorsque Serge Gainsbourg annonce à la radio que j'étais la seule artiste pour laquelle il travaillerait encore. Nous avons pris contact, il nous a accueillis rue de Verneuil avec mon oncle Didier Pain et Franck et ses douzes morceaux. Gainsbourg etant occupe avec Joelle Ursull (45t White and Black Blues pour l'Eurovision)et avec l'album de Jane Birkin (Amours defuntes) nous espérions au mieux une participation. Il nous a demande de prendre une puis toutes les chansons, je n'en revenais pas...moi qui avais grandi avec ses disques ! je me souviens du jour ou mon pere est revenu avec "Aux armes etc".
Je me rapelle un diner chinois que je lui avais prepare, je cuisinais depuis peu, ce devait etre la premiere fois qu'il mangeait si mal mais il fut extremmement poli ! Me revient aussi le souvenir d'un apres midi ou nous buvions ensemble du jus de cerise...
Lors des seances de boulot, je n'etais pas directive. Peut etre lui ai je demande une ou deux retouches mais en gros je lui laissais suivre son theme : l'Amour et ses variations. Il m'observait beaucoup... ses mots entre lesquels il placait ses expressions Gainsbouriennes comme "p'tit gars" correspondaient à la fille que j'étais : malmenée et fort critiquée. Un temps j'ai été impressionnée, mais comme au cinema,le trac s'estompe dans les confrontations des personnalites. J'avais peu d'experience et jamais pris de cours, les premieres phrases etaient hesitantes, l'articulation penible et parfois je chantais faux ! Dans la direction des voix, Serge acceptait de melanger mon approche intuitive à des placements tres precis. Comme sur les vieux documentaires ou on le voit diriger Jane Birkin en studio, il bougeait les mains, tel un chef d'orchestre pour que les mots tombent exactement sur les accents souhaites. Avec lui j'ai appris à appuyer une consonne à faire sonner telle syllabe.
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Interview Claude Mc Solar
C'est le rap qui a emprunté à Gainsbourg et non pas l'inverse ...
•J'ai écouté la période reggae de Gainsbourg quand j'étais petit ; il était le seul reggaeman français.
Plus tard, j'ai suivi sa carrière à la radio, où j'écoutais " Je t'aime... moi non plus ", et à la télé, à travers les chansons de Charlotte et d'Adjani. Il avait un style à part, j'avais le sentiment d'un homme qui traçait son sillon dans les domaines littéraires et musicaux.
Il se rapproche du rap dans son rapport aux mots et à la musique. Je pense qu'il m'a influencé... Je ne sais pas... Peut-être inconsciemment.
Il est celui qui a intégré des éléments de la vie quotidienne (des marques, des noms propres) dans ses chansons. Mais comprenons-nous bien : c'est le rap qui a emprunté à Gainsbourg et non pas l'inverse. Gainsbourg, c'est mieux que du rap.
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Interview Alain Bashung
J'avais un peu honte que les Français le découvre à cinquante ans, qu'il se sente presque obligé de devenir un Gainsbarre, comme ça, pour plaire à plus de gens ...
• Au delà de la fructueuse collaboration "Play blessures", Gainsbourg a apporté beaucoup  à la chanson française. Il perpétuait une certaine forme de poésie, avait également de l'insolence, toute une attitude : très noble, dandy et décadent à la fois. Il abordait toujours des styles différents, donc on était toujours étonnés quand il livrait son dernier disque, c'était toujours une surprise. Pour certains auteurs, c'était exactement ce qu'ils auraient aimé écrire. Gainsbourg était une sorte d'étalon or, il montrait un niveau de qualité d'écriture. C'était un bon guide. "Play blessures", l'album que j'ai fait avec lui, a été un album assez en avance à l'époque. Avec le recul, c'était des atmosphères, des sons assez originaux et je voulais mélanger toute cette approche de sons avec des mots très choisis qui soient à la fois compréhensibles et élégants ou déséspérés mais en tout cas le plus justes possibles, avec une esthétique. Il me proposait parfois des choses qui ne me convenaient pas toujours, parce qu'il travaillait beaucoup avec des femmes en général. Il a fait beaucoup de chansons pour des femmes, plus que pour des hommes, donc j'étais un peu là pour lui dire "je suis un homme et certains mots ne passeront pas, sont trop fins." Donc parfois il fallait un peu le brutaliser.
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