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Tony "Thunder" Smith


Une fois ses deux mètres confortablement installés sur un canapé, Tony « Thunder » Smith allume lentement un petit cigare cubain avant de savourer un verre de Grand Marnier. Nous nous trouvons dans un salon de son hôtel, non loin de la place Vendôme. Il est presque une heure du matin et l’ancien batteur de Serge Gainsbourg vient juste de donner un concert mémorable au Palais des Congrès avec Lou Reed : il a une longue journée derrière lui, mais il a absolument tenu à faire cette interview, tant le souvenir de Gainsbourg lui est cher et tant il tient à le partager avec les fans.


Connaissiez-vous la musique de Serge Gainsbourg avant de jouer pour lui ?
Pas du tout. Je n’en avais même jamais entendu parler. Ce qui s’est passé, c’est que j’avais un ami bassiste, T.M. Stevens, qui devait passer une audition auprès du guitariste Billy Rush, qu’on avait alors chargé de mettre sur pied un groupe de scène pour un chanteur. C’était tout ce que je savais. A l’époque, T.M. et moi tenions un studio d’enregistrement à New York : je me trouvais là quand il s’est mis à jouer sur la cassette que Billy Rush lui avait remise. Je lui ai dit : « Waow ! Qu’est-ce que c’est ? C’est super-bien ! » et il m’a répondu : « C’est un chanteur français qui s’appelle Serge « Ginsberg » ou quelque chose comme ça… » Je lui ai alors demandé s’il pouvait me faire une copie de cette cassette, parce que j’aimais vraiment la musique qu’il y avait dessus et quand je lui ai demandé ce qu’il maquillait, il m’a dit qu’il devait passer une audition. Je lui ai donc dit : « Tu crois qu’il y aurait moyen que j’auditionne, moi aussi ? » et il m’a répondu : « Ecoute, je ne sais pas exactement de quoi il en retourne, mais je vais voir. Si quelqu’un se désiste, je suggèrerai ton nom et je suis sûr que le directeur musical sera content de te voir rappliquer. » Et le jour où les auditions ont eu lieu, j’ai reçu un coup de fil de T.M. : « Yo, man ! Le dernier batteur qui devait passer n’est pas venu, Billy Rush n’a trouvé personne jusqu’à présent et il veut t’écouter. » Donc, je me suis présenté : comme j’avais eu une copie de la cassette, j’avais pu apprendre entre temps toutes les parties de batterie, et ce n’était pas comme si j’avais été obligé de les apprendre, je m’étais mis à jouer dessus par plaisir, parce que j’aimais vraiment les chansons. En plus, T.M. et moi jouions ensemble depuis des années - nous avions même été dans un groupe qui avait fait la première partie des Jackson Five sur 58 dates de la tournée « Triumph » - et quand Billy Rush nous a entendus, au bout de deux ou trois morceaux, il était littéralement sur le cul et il nous a fait : « Stop ! Holy shit, ça, c’est une section rythmique ! Les gars, vous voulez le job ? Eh bien, vous l’avez ! » « Vous en êtes sûr ? » « Oui, oui, oui, absolument, pour ce qui est du salaire et du reste, voyez ça avec mon manager, mais une chose est sûre : je vous veux ! » Il nous a alors dit que Serge devait venir le lendemain et qu’on allait le rencontrer.


Les chansons sur la cassette de T.M. étaient-elles des nouvelles chansons ou des chansons anciennes ?
Il y avait un peu de tout, mais surtout des chansons anciennes, je crois. Je me souviens qu’il y avait « Lola Rastaquouère » dessus. Tu sais, « Love On The Beat » était déjà sorti : toutes les parties de batterie – de boîte à rythmes, en fait - et de percussions y avaient été programmées par Billy Rush, qui avait aussi joué la basse. Pour l’enregistrement, Serge avait été chez Billy, puis, il avait fait le disque, que Billy avait mixé après que Serge soit rentré à Paris. C’est donc essentiellement pour assurer la tournée de promotion de l’album que le groupe a été créé.


Donc, au départ, vous n’étiez pas censé auditionner mais vous avez été pris et vous êtes resté, mais T.M. Stevens non. Pourquoi ?
Parce qu’au même moment, il a été embauché dans le groupe de Joe Cocker. Comme Cocker était plus connu internationalement que Gainsbourg, il pensait que ce boulot lui correspondait mieux, il l’a donc pris. Avec Gainsbourg, il ne savait pas trop dans quoi il s’engageait. Billy Rush était déçu que T.M. ne reste pas. Je lui ai alors suggéré les noms de plusieurs bassistes : ils étaient super, mais Billy cherchait vraiment quelqu’un qui lui convienne. Je connaissais John Kumnick, dit John K, depuis un bon bout de temps (on avait déjà joué ensemble), je l’ai donc appelé. Quand il l’a vu jouer, Billy m’a dit : « Qu’est-ce t’en penses ? C’est quand même pas T.M. », je lui répondu : « Non, en effet, c’est pas T.M., c’est même un bassiste très différent, mais je pense qu’il fera l’affaire, et même très bien l’affaire ! » Billy s’est donc fié à mon jugement et c’est comme ça que John a eu le boulot.


Comment ça s’est passé entre vous et Gainsbourg lors du premier contact ?
Je l’ai rencontré lors de notre première répétition de groupe, qui a eu lieu à New York, et ça a collé tout de suite. D’entrée de jeu, il m’a fait (grand sourire, voix grave, accent français) : « Oh, Tôny ! I am famous, you know ! In France, I am famous ! » Moi, j’étais là, à dire “oh, well, okay, all right!” Là-dessus, je crois qu’on est sortis dans la rue pour prendre une photo dans une voiture et on a commencé à traîner ensemble, puis je suis venu à Paris pour poursuivre les répétitions et ça a continué... Avec Serge, c’était vraiment formidable, parce qu’à ce moment-là, il était pour moi comme une figure paternelle. Il m’a en quelque sorte ouvert les yeux sur des tas de choses différentes, il m’a emmené dans plein d’endroits... Au début, je ne connaissais que très peu ce qu’il faisait, mais je suis vite devenu un grand fan de lui, il représente vraiment une part très importante de mon parcours musical. Tu sais, il était très, très proche du groupe, de moi comme de John K ou de Stan Harrison, on sortait beaucoup, tous ensemble.


S’est-il montré sympa tout de suite avec vous tous ?
Oh, oui, absolument. Il était complètement différent du portrait qu’on faisait de lui dans les médias, où on le présentait toujours comme quelqu’un de dégénéré, ce qui était tout à fait absurde. Il était incroyablement généreux, pas seulement du point de vue de l’argent, mais aussi vis-à-vis de son temps, de son savoir, et il était d’une gentillesse énorme. Il pouvait par exemple organiser un dîner seulement pour lui, les membres du groupe et leur épouses et copines. Après les concerts au Casino, nous avons fait une pause de deux semaines : Serge avait fait en sorte que ceux d’entre nous qui souhaitaient rentrer aux States aient des billets d’avion en première classe. Il m’a alors dit que je pouvais rester à Paris et faire venir ma femme si je le voulais : elle m’a donc rejoint. Nous sommes descendus à l’Hôtel Mercure, en plein Pigalle. Peu après, le jour de mon anniversaire, Serge m’appelle et me demande : « Tôny, tu as une cravate ? Un costume ? Ta femme a de quoi s’habiller ? Oui ? Bon, ben, je vous invite à dîner : c’est ton anniversaire, n’est-ce pas ? » Et il a envoyé une Rolls-Royce Corniche toute neuve avec chauffeur pour nous emmener au Ritz, place Vendôme. Là-bas, Serge nous attendait au bar avec Bambou, en jouant du piano. Nous sommes entrés dans le restaurant, tout le monde nous regardait. A table, Serge n’arrêtait pas de nous faire resservir : « Tôny, goûte-moi donc ce Roquefort ! Tiens, prends un peu de cognac, aussi ! » Et à la toute fin du dîner, il nous a dit : « Bambou et moi sommes fatigués, faut qu’on rentre. » Je lui ai alors demandé ce qu’on faisait avec la voiture : « La voiture ? Qu’est-ce que tu veux dire ? Elle est à vous ce soir, vous en faites ce que vous voulez ! Dites au chauffeur où vous souhaitez vous rendre, c’est tout. » En nous installant à l’intérieur, le chauffeur nous a alors demandé si on avait déjà vu Paris by night et c’est comme ça qu’on a fait un tour complet de la ville pendant plusieurs heures. Ma femme en avait les larmes aux yeux… Qu’est-ce que je pouvais rêver de mieux pour mon anniversaire, franchement ? Et au moment de quitter l’hôtel, j’ai appris que Serge avait déjà réglé toute ma note ! Et il m’a refait le coup lors de la tournée « You’re Under Arrest » en m’offrant un jeu de backgammon de chez Hermès -j’adore le backgammon -, avec des jetons en ébène et ivoire, des dés en or 24 carats, une boîte couverte de peau de crocodile... Serge m’a juste dit que le gobelet manquait, mais que je pouvais me rendre le lendemain même chez Hermès, où on me l’a donné tout de suite (Serge l’avait commandé en urgence) et on a offert un foulard à ma femme pour le dédommagement. Il y avait vraiment une sorte d’aura autour de Serge qui se propageait à tous ceux qui l’approchaient ou entraient en contact avec lui. Tout le monde l’adorait, c’était incroyable, j’ai réalisé très vite que ce qu’il m’avait dit lors de notre première rencontre était la stricte vérité, il était célèbre ! Autre exemple de ça : un jour, alors que nous étions en tournée, il a fait arrêter le tour-bus en plein milieu d’une autoroute, ce qui a évidemment provoqué un embouteillage monstre : les gens étaient furieux et descendaient tous de leurs voitures, ils voulaient tout casser, et quand ils ont vu que c’était Serge Gainsbourg qui était à l’origine de ça, ils se sont précipités vers leurs bagnoles pour y chercher des stylos et des papiers et lui demander des autographes ! Et s’il y avait des nanas qui n’avaient ni stylo ni papiers, elles ouvraient leur décolleté et il signait au marqueur sur leurs seins en me disant : « Tôny, sign the boobies, too, sign the boobies ! » (rires)


Il semblait vraiment apprécier l’atmosphère de camaraderie entre hommes, et il aimait être avec des gens plus jeunes. D’aucuns disent d’ailleurs que c’était en fait un souvenir de sa période au service militaire…
Ah, je ne sais pas, mais ce qui est sûr, c’est qu’il aimait la compagnie des gendarmes ! Tiens : une fois, nous nous trouvions au Keur Samba, non loin des Champs-Elysées. En sortant de cette boîte, Serge me dit : « Tôny, come ! On va là-bas ! » et il me montre un commissariat de police ! Et c’est comme ça qu’on s’est retrouvés dans un panier à salade, avec les flics qui ouvraient des bouteilles de champagne, offraient à Serge leurs insignes et buvaient des coups avec nous et moi, j’hallucinais, parce que ça, crois-moi, tu ne le verras jamais, mais alors jamais, à New York !


Pour les concerts, qui choisissait les chansons à jouer ? Lui ou Billy Rush ?
Billy Rush, pour la majeure partie, je dirais. C’est lui qui dirigeait l’orchestre et définissait les arrangements à adopter. J’ai perdu sa trace il y a longtemps, je crois qu’il a continué à produire des artistes et après, il a complètement laissé tomber la musique. Maintenant, je crois qu’il bosse comme représentant en produits cosmétiques, ou quelque chose comme ça…


Les chansons étaient-elles difficiles à apprendre et à refaire ?
Non. Quand nous répétions une chanson, nous essayions de trouver un groove dans son essence même et de le développer, nous ne tentions pas de la refaire à l’identique, nous travaillions dans une optique de groupe de scène, afin que Serge soit le plus à l’aise possible pour chanter ou faire du talk-over sur ses chansons.


C’était un groupe dont les musiciens venaient d’univers parfois très différents.
En effet. Il y avait Gary Georgett aux claviers, Stan Harrison au sax, comme choristes les frères Simms, qui avaient travaillé pour David Bowie - comme Stan, d’ailleurs -, et bien sûr Billy Rush, qui jouait en temps normal pour Southside Johnny & The Astbury Jukes...


En 87-88, pour « You’re Under Arrest » et la tournée qui suit, Serge a retravaillé avec le même groupe, sauf les frères Simms : pourquoi ?
Les frères Simms voulaient faire d’autres trucs. En fait, je ne sais même pas s’ils souhaitaient continuer à chanter : George voulait voyager, voir du pays (il parle plusieurs langues et dialectes) et Steve voulait changer complètement de milieu pour bosser dans le bâtiment, je crois... En plus, le groupe avait besoin de types qui puissent être mis un peu plus en avant : sur scène, les frères Simms s’en tenaient vraiment à leur rôle de choristes, à part Steve, qui était plutôt remuant, mais George, lui, était très méticuleux. Curtis King Jr et Dennis Collins ont donc pris leur place. En plus, à l’époque de « You’re Under Arrest », le rap commençait à cartonner, Serge en avait donc inclus dans sa musique et comme Curtis savait rapper, c’était d’autant plus intéressant, ça collait mieux avec la nouvelle direction que Serge avait prise. Sur cette tournée, j’utilisais du matériel de chez Dynacord, avec ces tambours plats et rectangulaires très bizarres, qui me faisaient mal aux mains. C’était le début des batteries électroniques...


Vous aviez vraiment un look typique des années 80, à cette époque, surtout au Zénith, avec les lunettes à quatre verres et la coiffure…
Ouais, avec cette queue de cheval bien longue... J’ai décidé de m’en débarrasser lorsqu’une fois, dans l’avion qui me ramenait à New York, je me suis endormi dessus. Résultat : à l’arrivée, quand le steward est venu me réveiller, ma nuque me faisait terriblement mal ! Sitôt que je suis monté dans la voiture qui m’attendait devant l’aéroport, j’ai dit au chauffeur de m’emmener au Village : là, je me suis rendu chez un coiffeur et malgré ses objections, je lui ai dit de la couper tout de suite. Les lunettes, je les ai toujours. C’était en fait une paire de lunettes de soleil qui m’avait été délivrée sur ordonnance, avec des verres qu’on pouvait rabattre et adapter en fonction de la lumière... Mais en fait, je change de look tout le temps, ça a toujours été comme ça avec moi : en 2000, je me suis même teint les cheveux en blond.


Vous et John K avez donc joué sur « You’re Under Arrest »...
Oui, et sur l’album de Bambou et « Charlotte For Ever » aussi. Nous avons même fait quelques bricoles pour Jane Birkin.


Des deux tournées que vous avez faites avec Gainsbourg, laquelle préférez-vous ?
J’ai un faible pour les concerts au Casino de Paris et la tournée « Love On The Beat », tout simplement parce que c’était la première que je faisais avec lui et parce que j’ai vécu et découvert toutes ces choses que je t’ai racontées… Au Casino, le truc des marches du grand escalier qui s’illuminaient quand on marchait dessus me faisait peur : le pire, ça a été le premier soir, avec le cascadeur déguisé en Serge qui faisait mine de tomber dans cet escalier. Personne dans le groupe n’avait été mis au courant, c’était secret absolu et je peux te dire que nous avons tous pas mal balisé pendant quelques secondes ! Des chansons, je me souviens surtout de « Bonnie And Clyde » à cause du break « mitraillette » et « Couleur Café », parce qu’avant de la jouer, on traversait tous la scène d’un bout à l’autre et je passais en dernier, en dansant. En concert, je portais un short et une chemise coupée dans le dos, parce qu’il faisait toujours très chaud de mon côté ; en voyant ça, Catherine Deneuve, qui se trouvait dans la loge de Serge, m’a dit une fois : « Tu as des jambes superbes ! » (rires) Au Zénith, il y avait mon solo de batterie, qui semble être devenu très populaire et durant lequel il s’approchait de moi en disant : « Tôny, Afrique ! Give me the lion ! »


C’est quand même incroyable, que vous ayez été amené à jouer avec deux artistes de la stature de Gainsbourg et de Lou Reed…
Oui, effectivement, je trouve ça drôle moi aussi, parce que peu après que j’ai commencé à jouer pour Lou, nous nous sommes produits au Zénith et il y a eu un article dans un magazine où on parlait des ressemblances entre les musiques de Lou et de Serge et celle d’un jeune artiste français dont j’ai oublié le nom, qui s’habillait en noir et dont on disait que sa musique était un croisement entre celles de Serge et de Lou. Et moi, ça me faisait très bizarre de voir une photo de chacun d’eux sur la même page et de me dire que j’avais été le batteur de Serge et que j’étais désormais celui de Lou.


Lou connaît-il quelque chose de Gainsbourg ?
Je ne crois pas, ou alors pas suffisamment pour s’intéresser de plus près à son travail.


Et maintenant, vous avez Lulu Gainsbourg pour élève.
Pas tout à fait. Bien sûr, je le connais depuis sa naissance, je le considère un peu comme mon neveu – je le revois tout petit, traversant la scène du Zénith, alors que ma femme était là, et que deux ans plus tard, elle me donnait un fils à son tour... Il ressemble tout à fait à son père (il s’est même laissé pousser une légère barbe, comme lui), c’est vraiment son portrait craché, même dans son attitude ; quand on le voit aujourd’hui, on croit qu’il a grandi avec son père et c’est d’autant plus étrange, parce qu’il ne l’a connu que quand il était tout petit. Il écrit des chansons magnifiques au piano, mais il vit un peu dans l’ombre de Charlotte et il veut réussir par lui-même. Récemment, j’ai joué sur la version de « Ne dis rien » qu’il chante en duo avec Bambou, sa maman. J’assure un cours au département musicologie de l’université de Berkeley : j’y enseigne la batterie aux musiciens non-percussionnistes et il a l’intention de venir étudier là-bas, c’est donc fort possible qu’il devienne mon élève. Nous avons en tout cas une relation très forte et je peux te dire que je suis déjà fier de lui.


Au moment de sa mort, Serge devait partir à la Nouvelle-Orléans pour enregistrer un album, mais cela devait se faire sans vous. Vous n’étiez pas un peu déçu ?
Pas du tout. Déjà, je n’ai jamais été du genre à me cramponner complètement à un artiste avec lequel je bosse : si cet artiste souhaite changer d’orientation et s’il n’y a pas de place pour moi dans son nouveau projet, je m’en fous complètement, ça ne m’empêchera jamais de continuer à le respecter et à respecter sa vision des choses. Comme moi-même, je fais de la musique, je sais comment ça se passe de ce point de vue. De toute façon, à ce moment-là, moi et John K jouions pour Nina Hagen, et nous n’étions pas libres, mais cela ne nous empêchait pas de revenir à Paris de temps en temps et de voir Serge : d’ailleurs, une fois, nous étions en visite chez lui quand une équipe de télévision française est venue faire une émission et nous avons été filmés en sa compagnie, marchant le long de la rue, nous asseyant à la table d’un restaurant, c’était marrant...


Avez-vous revu récemment la maison de Serge ?
Non, j’y pensais pourtant aujourd’hui encore, mais je me dis que dans mon esprit, Serge est toujours là. Quand il est mort, j’ai été le premier qu’on a appelé aux Etats-Unis, je crois que c’est Philippe Lerichomme que j’avais eu au bout du fil ; il était cinq heures du matin, je rentrais d’une nuit de travail passée en studio et j’avais dit à ma femme que si quelqu’un me téléphonait, je n’étais là pour personne, parce que j’étais vraiment crevé et que je devais aller me coucher. Et un quart d’heure plus tard, je recevais cet appel de Philippe, qui m’a demandé si ça ne me dérangeait pas d’appeler tous les autres pour leur apprendre la nouvelle. Et c’est ce que j’ai fait ensuite, quatre heures durant... Mais pour moi, Serge n’est pas vraiment mort, c’est juste comme si je ne l’avais pas vu depuis très longtemps : je fais souvent des rêves où il apparaît, il y a toujours quelque chose qui m’évoque son souvenir... Son énergie est toujours là. Avec Serge, c’était un autre monde, c’était la « classe », comme il disait, et pourtant, j’ai joué avec des types comme Jeff Beck, John McLaughlin ou Carlos Santana, mais Serge était d’une autre dimension ! He was larger than life in life !


© Fred Régent  - Interview réalisée en Eté 2007 pour TDC.com
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