Nous avons 626 invités et 4 membres en ligne

Forum

Agenda

Petites Annonces

Galerie Photos

Livre d'or

John K & Stan Harrison


Au tour des anciens bassiste et saxophoniste de Serge Gainsbourg de se prêter (de bon gré) au jeu de l'interview ! Influencé par des pointures comme Jack Bruce, Paul McCartney, Jack Casady ou James Jamerson (de la Motown), John Kumnick, dit « John K » - à ses débuts dans le métier, il avait abrégé son nom pour des raisons de commodité -, a plus ou moins abandonné la musique, mais il n'en a pas pour autant tourné le dos à sa carrière, qui a été, comme on le constatera, très bien remplie. Vivant aujourd'hui à Portland, dans le Maine (où il dirige une petite entreprise), il ne joue plus que pour son plaisir, notamment avec son vieux complice Tony « Thunder » Smith, dont il est resté proche et qui a accepté de servir à distance d'intermédiaire pour cet entretien. Quelques jours plus tard, par effet d'enchaînement, c'est Stan Harrison qui répondra au téléphone depuis son studio d'enregistrement. Ses réponses se recoupant presque toutes avec celles de ses anciens collègues, on ne s'étonnera pas qu'il n'occupe qu'une petite place dans cette retranscription.


John, c’est grâce à Tony « Thunder » Smith que tu avais eu le job auprès de Gainsbourg. Comment vous connaissiez-vous ?
John K : Tony et moi avions déjà joué ensemble quelques années avant pour un chanteur du New Jersey qui s'appelait Bill Chinnock. A cette époque, je vivais à New York : j’avais bossé pour David Bowie (on me voit derrière lui dans le film « Christiane F. » et dans le clip de « Fashion »), ainsi que pour Cindy Lauper, et je venais juste de finir de jouer avec Elliott Easton, le guitariste des Cars. Tony m’avait parlé de l’audition qu’il avait passée pour le groupe de Serge, il m’avait donc raconté qu’il allait se rendre en Europe, mais qu’il avait rêvé une nuit que j’allais jouer avec lui dans ce groupe. C’est là que T.M. Stevens est parti et que Billy Rush a dû auditionner d’autre bassistes (c'est lui qui avait joué la basse sur « Love On The Beat », et très bien, d'ailleurs) : Tony m'a alors fait écouter une cassette où il y avait quelques chansons de Serge, ceci pour me préparer... Quand est venu mon tour, j’ai joué avec lui et Billy et c'est comme ça que j’ai eu le boulot.


Stan Harrison : J'avais fait partie des Asbury Jukes de Southside Johnny avec Billy et j'avais joué pour David Bowie sur la tournée Serious Moonlight (c'est là que j'ai fait la connaissance de George Simms), ainsi que pour Diana Ross. Pour ma séance de « Love On The Beat », je me suis rendu chez Billy, qui m'avait appelé, et j'ai enregistré mes parties en sa présence, ainsi que celle de Serge et de Philippe Lerichomme, ça a duré une après-midi à tout casser. Je trouvais Serge très sympa et ses chansons formidables, « I'm The Boy », en particulier. A un moment, Serge a sorti de sa mallette un magazine où on voyait Bambou nue, et il m'a dit en me la montrant que c'était sa copine, qu'elle était à Paris à ce moment-là...


Et c'est à New York que vous avez tous fait connaissance avec Gainsbourg.
John K : En fait, Serge n'est venu à New York que pour la dernière semaine des répétitions : Billy et Gary les avaient commencées de leur côté. Je crois bien que c'est lors de mon premier jour de répète que Serge nous a été présenté. Il est arrivé avec Philippe Lerichomme, et une équipe de télévision leur emboîtait le pas.

Stan Harrison : Tony n'a pas l'air de s'en souvenir, mais c'est en fait moi qui l'avais recommandé à Billy, j'avais dit avant l'audition : « C'est lui qu'il nous faut ! », et c'est donc un peu comme ça qu'il avait eu le job. Enfin, c'est pas grave... C'est moi aussi qui avais parlé des frères Simms à Billy, puisque je connaissais bien George, depuis l'époque de la tournée Bowie.


Gary Georgett disait qu'il avait trouvé Serge « flamboyant »...
John K : Ce n'est pas l'impression que j'ai eue. Je ne dirais pas qu'il était réservé, mais c'est surtout au fur et à mesure que nous l'avons côtoyé qu'il est devenu flamboyant. En tout cas, il avait l'air très gentil, cordial, aimable, très cool, aussi, avec sa chemise et son pantalon en jean... La toute première fois qu'on a rigolé ensemble, c'est quand on a fait une pause en répète : l'un d'entre nous a émis l'idée d'aller boire un coup, et là, Serge a été déçu, parce qu'il croyait qu'on parlait de se rendre dans un bar, alors qu'on voulait juste prendre un soda au distributeur (rires) !


Avais-tu été « briefé » avant sur Serge ?
John K : Non. Billy et Tony m'en avaient juste un peu parlé, je voyais donc plutôt en lui un gars qui faisait de l'euro-pop ou de l'euro-disco : évidemment, je me trompais. Comme tous les autres membres du groupe, ce n'est qu'en France que j'ai vraiment compris qui il était.


Comment avez-vous appris ses chansons ?
John K : En répétition, au fur et à mesure, en les réarrangeant collectivement. On se les appropriait, presque. Harmoniquement et rythmiquement, certaines étaient complexes, mais leur structure, elle, était simple, et du moment qu'on avait le bon groove... C'est d'ailleurs un des boulots les plus faciles que j'ai jamais eus : on travaillait très vite, sans stress, et ça fonctionnait très bien entre nous tous, d'autant que Serge nous laissait faire pratiquement tout ce que nous voulions. Il cherchait toujours quelque chose de nouveau chez les gens avec lesquels il travaillait et il voulait que nous jouions ses chansons à notre façon, tout en gardant notre propre personnalité. En fait, il nous dirigeait sans en avoir l'air. On a répété avec lui une semaine à New York et une semaine à Paris, au Casino.


Ce groupe était très hétéroclite...
John K : Mmm... Pas tout à fait, je dirais. On se connaissait quand même de réputation et on avait beaucoup de points communs : j'avais souvent joué pour des chanteurs du New Jersey, tout comme Billy et Gary, qui viennent de là-bas. Et George Simms et Stan Harrison avaient bossé pour David Bowie, comme moi (même si ce n'était pas en même temps qu'eux).


La basse est peut-être l'instrument le plus important sur les enregistrements studio de Serge : ça devait être pour toi un sacré défi à relever quand tu as dû jouer les chansons.
John K : Oui, beaucoup de ses chansons avaient des parties de basse très intéressantes, comme « L'eau à la bouche », « My Lady Héroïne » ou « Bonnie And Clyde », qui était une de mes préférées. J'adore le son de basse de la période entre la fin des années 60 et le début des années 70, où les bassistes de studio anglais jouaient sur Fender, avec un médiator, et avaient donc ce son très clair et rebondi... Là, je devais jouer des choses très différentes de celles que je jouais jusqu'alors, puisque Serge connaissait toutes sortes de musiques, comme le classique et le jazz, il avait aussi un sens harmonique très intéressant et la basse définit souvent l'harmonie : une note de basse peut faire sonner un accord très différemment...


Le Casino de Paris semble être votre meilleur souvenir à tous.
John K : C'était génial. D'un seul coup, on se retrouvait à Paris, où on allait jouer pendant six semaines : c'était presque comme si nous avions déménagé en France. Le premier jour, quand nous sommes arrivés, nous avons installé notre équipement et commencé à répéter. Nous étions très impressionnés par cet endroit légendaire, très intime mais en même temps assez grand pour contenir un large public, et avec un super-son. A l'époque, je me disais justement que ce serait chouette si je pouvais aller jouer dans un autre pays, avec d'autres artistes que des Américains ou des Anglais et quand j'ai eu ce job, je me suis dit que c'était exactement ce qu'il me fallait ! Là, en plus, c'était la première fois que nous voyions Serge dans son élément : Paris. Après la répétition, il nous a invités à dîner. On attendait nos taxis quand, tout d'un coup, un grand car de touristes a dévalé la rue : Serge s'est alors planté au beau milieu, juste devant ce car. Le chauffeur l'a presque heurté : il a d'abord gueulé, évidemment, mais quand il a vu à qui il parlait, il a rigolé, et Serge aussi.


Stan Harrison : En fait, j'ai un meilleur souvenir des moments passés en-dehors des concerts que des concerts eux-mêmes, parce qu'on faisait sans cesse la fête avec Serge, et il avait toujours un endroit où nous emmener : les Bains-Douches, le Palace...


Stan, tu ne jouais pas que du saxo lors des concerts, mais aussi des claviers.
Stan Harrison : Oui, je n'en joue pas très bien, d'ailleurs, mais des fois, sur certaines chansons, Gary Georgett ne pouvait pas tout faire seul, donc, je passais au clavier. Sur d'autres, je jouais du tambourin, voire de la flûte...


Comme tous les autres musiciens qui l'ont côtoyé à cette époque, penses-tu avoir vécu quelque chose d'unique en travaillant pour Serge ?
John K : Oui, je peux dire que musicalement, ça a été le sommet de ma carrière. Une des raisons qui font que tout le monde dans le groupe se souvient de cette période comme d'une période formidable est que Serge lui-même avait fait en sorte que ce soit formidable. Sa drôlerie, sa générosité en tant que personne et en tant qu'homme de spectacle permettaient à chacun de prendre part à la fête. Tu sais, en arrivant à Paris pour cette série de concerts, je me disais que Serge était dans son pays, qu'il était connu là-bas et qu'il avait sa vie à lui et je croyais donc qu'on ne le verrait peut-être que de temps en temps en dehors du boulot, mais, d'entrée de jeu, il nous a invités à dîner presque tous les soirs, il avait toujours un endroit à nous montrer en ville, quelque chose à faire avec nous, il voulait que notre entente soit parfaite... C'est comme ça que nous avons profité de tout ce que Paris avait de meilleur à offrir ! Entre nous et lui, il n'y avait aucune distance, il voulait que nous soyons tous sur un pied d'égalité.


Stan Harrison : Dans tout ce que j'ai fait en tant que musicien, c'est cette période avec Serge que je préfère. Il nous laissait une liberté totale.


Te souviens-tu du soir de la première ?
John K : Bien sûr ! J'avais un peu d'appréhension, parce que nous n'avions eu que deux semaines pour répéter, alors que le show était très long, avec beaucoup de chansons que nous devions mettre en place... En fait, ce qui m'a le plus marqué, c'est l'après-midi, quand nous avons fait un soundcheck en présence des photographes : les flashes crépitaient de tous les côtés, ça n'en finissait pas. J'avais déjà joué avec de grandes vedettes, mais là, c'était vraiment incroyable. C'est là que j'ai réalisé à quel point Serge pouvait être célèbre en France. Et le public était extraordinaire, avec des gens de tous les âges, de tous les milieux... Il était vraiment très approchable. Un autre jour, après le soundcheck, on est allés dans un café en face de la salle boire un verre : une jeune fille l'a alors abordé dans la rue et lui a parlé. Elle n'avait pas de billet pour le concert, elle insistait beaucoup et Serge l'a donc aidée à en trouver un, il me semble même qu'il lui a donné de l'argent pour qu'elle puisse se l'acheter au marché noir...


Stan Harrison : Pendant qu'on jouait au Casino, ma mère et ma tante sont venues à Paris pour une semaine et évidemment, elles ont vu le spectacle et sont même allées dans la loge de Serge, un soir. J'ai alors fait les présentations. Au mur, Serge avait des photos de Jane nue, et je me demandais ce qu'elles allaient penser de ça, mais comme il était absolument adorable avec elles, elles ont fait comme si de rien n'était. Je me rappelle qu'en concert, à une ou deux reprises, il m'a présenté au public comme un « gentil petit juif venu des Etats-Unis »...


John, ton solo de basse avant « I'm The Boy » est formidable...
John K : Au tout début, je ne le jouais pas : c'est après le deuxième ou le troisième show que Serge m'a dit que je devrais faire un solo moi aussi – Tony avait déjà le sien sur « Harley David Son Of A Bitch ». Comme j'aimais bien « I'm The Boy », j'ai proposé de le faire avant cette chanson et Serge a approuvé : « Joue ce qu'il te plaît, comme il te plaît ! » A l'époque, j'aimais bien expérimenter avec l'écho et le tapping, faire des accords, aussi...


Le titre « Crève camarade » (ou « Good Shot ») te dit-il quelque chose ?
John K : « Good Shot » (« dans le mille ») ? Ca sonne bien comme si ça avait été écrit par Serge, en tout cas (rires) ! Non, vraiment, ça ne me dit rien du tout, désolé.


Stan Harrison : Non. J'ai entendu parler ailleurs de cette histoire de chanson faite deux fois au Casino, mais je ne me souviens absolument pas avoir joué sur un truc comme celui-là. A mon avis, il devait juste y avoir un instrument : Billy ou Gary... Billy pourrait peut-être savoir quelque chose à ce sujet, mais il ne veut plus parler de Serge en interview aujourd'hui, et malheureusement, je ne crois pas qu'il acceptera de te répondre.


Vous commenciez et finissiez les concerts avec « Love On The Beat »...
John K : Oui, c'était bizarre... Je suppose que c'était la maison de disques qui voulait que ça se passe comme ça, pour que Serge vende plus d'albums.


Quels sont les concerts qui t'ont fait la meilleure impression ?
John K : En fait, curieusement, je me souviens plus de ceux que je n'ai pas trop aimés, sans doute parce qu'ils étaient l'exception : c'étaient les concerts en Suisse. Bon, là-bas, on jouait bien, quand même, et le public était génial, mais dans la salle, il faisait un froid de canard, et c'est pour ça que ces shows ne comptent pas parmi mes favoris... Par contre, le concert à Lyon m'a beaucoup plu, peut-être parce qu'on avait très bien mangé là-bas (rires)...


As-tu le souvenir de cadeaux que Serge t'ait faits ?
John K : Oui, un jour, pendant qu'on passait au Casino, il s'est rendu chez un joaillier et là-bas, il a acheté pour chacun d'entre nous un bracelet en argent, qu'il a fait faire en fonction de notre personnalité. J'ai toujours le mien.


Stan Harrison : Il a déposé les bracelets sur une table et il nous a dit qu'ils étaient tous pour nous. Le mien était exactement celui que je m'imaginais recevoir en l'observant, mais je l'ai perdu quelques jours après : il s'est détaché de mon poignet quand je marchais dans la rue et il est tombé sans que je m'en rende compte. Lors du concert qu'on donnait ce soir-là, Serge m'a vu assis dans mon coin, tout malheureux, pendant que John jouait son solo. Il m'a demandé ce qui m'arrivait et je lui ai raconté. Le lendemain, il m'a invité à boire un verre au bar du Ritz. Pendant qu'on bavardait, il a envoyé quelqu'un en face, chez Van Cleef & Arpels, et j'ai eu exactement le même bracelet. Celui-là, par contre, je ne l'ai pas perdu !


Quel est le truc le plus dingue que tu l'aies vu faire en tournée ?
John K : Un soir, après un concert, on était dans un hôtel et des membres de l'équipe jouaient au billard. Au bout d'un moment, ils avaient trouvé un jeu : il fallait poser ses mains sur le bord de la table, quelqu'un se mettait alors à l'autre bout et lançait une boule sur le tapis, le plus fort et le plus vite possible, et la personne mise au défi devait enlever ses mains à la toute dernière seconde, avant que la boule ne les touche. Quand est venu le tour de Serge, j'étais crevé et je suis vite allé me coucher. Le lendemain matin, je l'ai revu au petit déjeuner. Il se plaignait, et il m'a montré ses mains : elles étaient toutes couvertes de bleus et gonflées... Il y avait eu beaucoup de casse, aussi, cette nuit-là : une porte-fenêtre était en morceaux, un type avait même balancé un aquarium par terre... Lors de la tournée « You're Under Arrest », on est retournés exactement dans le même hôtel et le directeur se souvenait de nous. Il était très angoissé et il nous surveillait sans cesse du coin de l'oeil, il avait peur qu'on fasse les mêmes conneries. Donc, cette fois-ci, nous nous sommes tenus tranquilles, sauf à la toute fin du séjour : là, nous avons plongé au fond de la piscine, où nous avons disposé des assiettes et des couverts, comme si on avait mis la table sous l'eau !


D'après Tony, toi et lui auriez enregistré une fois pour Jane...
John K : Je ne crois pas, c'était peut-être Tony tout seul. Moi, j'ai joué en studio pour Françoise Hardy, deux chansons sur l'album « Décalages », lors d'un break de la tournée « You're Under Arrest ».


Stan Harrison : Entre les deux tournées de Serge, j'ai joué pour Duran Duran, qui passait un soir à Bercy. On logeait au Holiday Inn, place de la République. Après le concert, Serge m'a raccompagné dans sa limousine. Quand il a vu l'hôtel par la vitre, il m'a dit : « Quoi ? Mais qu'est-ce que tu fais dans ce boui-boui ? » Il a alors dit à Bambou de monter avec moi dans ma chambre pour m'aider à récupérer mes affaires. J'étais mort de fatigue, et je me demandais bien où il allait m'emmener. Nous nous sommes alors rendus au Raphaël et quelques instants plus tard, je me retrouvais dans une suite gigantesque, où étaient descendus autrefois Franklin Roosevelt et Ike Eisenhower, notamment. « You're Under Arrest » n'était pas encore sorti. Le lendemain, Serge m'a invité chez lui et il m'a fait écouter l'album, qu'il passait à fond. Il y avait un chanteur punk anglais, Jock McDonald (le leader des Bollock Brothers), et Jacques Dutronc, aussi, à qui il a dit : « Lui, c'est mon saxophoniste, mais je te préviens, il est trop cher pour toi ! » Au bout d'un certain temps, des coups ont retenti : c'était un flic qui tapait à la porte, parce que les voisins avaient appelé le commissariat pour se plaindre. Serge s'est levé, est allé ouvrir et moins de deux minutes plus tard, ce flic en uniforme était assis, un verre de pastis à la main, et écoutait avec nous l'album, exactement au même volume ! Le dernier jour, j'ai rencontré en ville un ami à moi et sa copine et comme ils n'avaient pas d'endroit où passer la nuit, j'ai décidé de leur prêter ma suite. Juste au moment où je longeais la réception pour sortir de l'hôtel, le concierge m'a dit que M. Gainsbourg était au téléphone et demandait à me parler. « Stan, je suis très déprimé, viens... » Je lui ai alors dit que j'étais avec des amis. « C'est pas grave ! Viens avec eux ! » Nous nous sommes alors rendus tous les trois rue de Verneuil et nous avons passé la nuit chez Serge à boire, à déconner et à écouter de la musique. Après, je suis revenu au Raphaël aux aurores, mort de fatigue. J'ai même failli louper mon avion à cause de ça !


Te souviens-tu des séances de l'album de Charlotte « Charlotte For Ever » ?
John K : Très peu. Il me semble qu'on a fait toutes les chansons en une journée, mais je ne les ai pas réécoutées depuis une éternité : il faut dire qu'on enregistrait vraiment très vite. Je crois qu'on a fait quasiment en même temps cet album et le 45-tours de Bambou.


Et celles de « You're Under Arrest » ?
John K : Je me rappelle très bien avoir enregistré deux chansons, dont « Gloomy Sunday », live en studio avec Tony et Gary. C'est une des rares que nous n'avons pas enregistrées séparément, et c'est peut-être pour ça qu'il s'agit d'une de mes préférées sur l'album. D'ailleurs, avant qu'on la commence, Serge nous avait dit : « Faites gaffe quand vous la jouez, c'est une chanson très triste ! » (rires) Après (le lendemain, je crois), j'ai enregistré mes parties pour les autres chansons de mon côté, juste avec Billy et Serge. Par contre, je ne joue pas sur « Mon légionnaire » : là, c'est une basse pré-programmée sur synthé. La plupart du temps, Billy me passait ce que lui et Gary avaient trouvé comme arrangements, je travaillais ensuite les parties de basse sous la supervision de Billy, et puis, Serge et Philippe venaient écouter ce que nous avions fait.


Là, pour enregistrer, Serge travaillait avec un groupe complet, ce qui n'avait pas été le cas sur « Love On The Beat » : pourquoi ?
John K : Parce qu'il nous aimait tous et qu'il tenait à nous reprendre, il trouvait que c'était une bonne idée qu'on joue tous ensemble sur son album. Moi, j'ai beaucoup aimé le faire et jouer ces chansons en concert.


Quelques mois après, donc, vous revenez avec lui sur scène pour la tournée « You're Under Arrest »...
John K : Pour moi, il y avait une grosse différence entre cette tournée et celle de « Love On The Beat », en partie à cause des endroits où on jouait. Au Zénith, la scène était beaucoup plus grande, tellement grande que je me disais que c'était tout juste s'il ne me fallait pas des jumelles pour voir les autres (rires). Sur les photos des concerts, tout le monde a l'air minuscule. Et puis, l'atmosphère n'avait rien à voir, c'était moins intime, avec tous ces effets pyrotechniques, le dispositif, ce décor gigantesque... Je ne dis pas qu'on s'ennuyait, évidemment, mais je trouve qu'on s'amusait plus au Casino.


Les images de Lulu sur la scène du Zénith, à deux ans, doivent te rappeler bien des choses, à chaque fois...
John K : Oui, mais je l'ai même connu juste après sa naissance, Lulu ! Pas plus tard qu'hier, je l'ai revu avec Bambou, à Boston. Il est beaucoup plus grand que ne l'était son père. Je suis ravi d'avoir gardé des relations avec lui et sa mère, parce que ce sont des gens bien, gentils, généreux, intéressants. Déjà, à l'époque, ils nous avaient intégrés à leur vie, montré leur univers et leur culture, ce qui est très inhabituel.


Stan Harrison : Il y a un peu plus de dix ans de ça, j'ai joué pour Bambou, à New York. Elle chantait des chansons de Serge dans un petit bar français...

Tout le monde s'accorde à dire que Serge n'était pas aussi en forme au Zénith qu'au Casino de Paris...
John K : Bien sûr. Il avait ses problèmes, déjà... Mais il y a eu plein de bons moments, quand même : c'est durant cette tournée que Serge a eu soixante ans, il nous a donc tous invités au restaurant Lasserre, où nous avons eu droit à un dîner plutôt extravagant, avec du Château Pétrus 1959 !


Pour cette tournée « You're Under Arrest », vous êtes même allés au Japon, c'est incroyable.
John K : Mais ça l'était encore plus pour Serge ! Je me souviens de lui à notre arrivée, nous disant : « Mais qu'est-ce qu'on fait là ? » (rires) Je crois que s'il a donné ces concerts au Japon, c'est en partie parce qu'il y avait là-bas un type très riche, qui avait une chaîne de grands magasins (je crois) et qui voulait que Serge apparaisse dans un ou deux de ces magasins pour lui faire de la pub. On est donc allés à Tokyo et à Osaka, mais il me semble qu'on a surtout joué pour des Français qui vivaient au Japon. Le public me paraissait beaucoup plus réservé que le public européen, mais la sécurité maintenait les gens loin de la scène, aussi.... Je me rappelle qu'un jour, on est allés déjeuner dans un bar à sushis et quelqu'un dans ce bar est allé vers lui pour lui dire que sa tête lui disait quelque chose, qu'il l'avait vu à la télé : il était très content de ça, puisqu'il aimait être reconnu.


Stan Harrison : Quand on jouait aux échecs dans le tour-bus, il se penchait sur l'échiquier, le regardait juste trois secondes, et il jouait – il faut dire qu'il ne voyait pas très bien, aussi... Une fois, j'avais préparé un coup qui impliquait que je perde une pièce importante mais qu'au coup suivant, je le mettrais mat. Il a joué, et il m'a dit : « Tu es stupide, ou quoi ? » C'est là que j'ai joué à mon tour et que je lui ai dit : « Echec et mat ! » Je ne suis pas prêt d'oublier la tête qu'il a faite !


La nouvelle de sa mort a t-elle été pour toi une surprise ou pas ?
John K : En fait, je ne pensais pas qu'il était si malade. Je savais juste que globalement, il n'était pas en bonne santé, mais pas à ce point... Oui, j'étais surpris, et très triste, bien sûr, puisqu'on avait tous beaucoup d'affection pour lui et qu'on espérait le revoir et rejouer pour lui, même à l'occasion. C'était un bon ami. C'est malheureux, ce qui lui est arrivé, parce qu'il était formidable, disponible, amical, mais bon, il vivait sa vie de la manière dont il le souhaitait : il voulait être aussi fort et en bonne santé que possible, mais pour rien au monde, il n'aurait compromis son mode de vie. C'était un performer et, en tant que tel, il aimait être en représentation tout le temps.

© Fred Régent  - Interview réalisée en Septembre 2008 pour TDC.com
Tous droits de Reproduction interdits sans accords au préalable.

 

Espace membres (gratuit)



Pour aider TDC (clic sur la pub)

Pour le Café de Manon!

Offrez un grand café à 2€ ou +

Depuis 1999

Membres : 765
Contenu : 86
Affiche le nombre de clics des articles : 1931049