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Helena Noguerra


Si la toujours belle et souriante Helena Noguerra, chanteuse, comédienne et présentatrice télé (et soeur cadette de Lio), n'a pas chanté de chanson originale de Serge Gainsbourg, elle a travaillé deux fois avec lui, la première ayant eu lieu en mars 1986 pour le clip de « Tes yeux noirs » du groupe Indochine, que Gainsbourg avait mis en scène. Témoignage exclusif pour Tdc sur le Gainsbourg réalisateur de vidéo-clips et de publicités et, accessoirement, directeur de jeunes actrices...


Aviez-vous rencontré Gainsbourg avant de travailler avec Indochine ?
Non. Je connaissais ses chansons, je l’avais vu en concert et à la télé et bien sûr, ma sœur m’avait parlé de lui. Elle m’avait notamment raconté les vacances qu’ils avaient passées ensemble, avec Bambou et Alain Chamfort, à Los Angeles, et les expériences qu'elle avait eues avec lui, mais elle ne me l’avait pas présenté.


Comment avez-vous été engagée pour le clip de « Tes yeux noirs » ?
A l’époque, j’étais fan d’Indochine et je les avais vus à un concert à Bruxelles, à l’Ancienne Belgique. Après ce concert, je les avais attendus devant l'entrée des artistes, avec toutes les groupies, pour qu’ils me signent un autographe. Une voiture les attendait. Quand j’ai eu mon autographe, ils sont partis, mais leur voiture s’est arrêtée d'un coup et Nicolas en est descendu et est venu vers moi pour me dire que je ressemblais à Lio. Il m’a alors demandé si j’étais sa sœur et j’ai dit oui - jusqu'alors, je ne le disais à personne, parce que ça me faisait chier. Nicolas trouvait que ma frange, mes joues d’enfant et mes yeux me donnaient un air un peu asiate, à la Yoko Tsuno, l’héroïne de bande dessinée. Donc, comme je correspondais bien à l'idée des « yeux noirs » de leur chanson, il m’a appelée et c’est comme ça que j’ai atterri sur le clip et rencontré Gainsbourg pour la première fois. J’avais seize ans. Ca remonte, quand même… D'ailleurs, à force, j’ai presque l’impression que c’était avec une autre jeune fille...

Comment s'est déroulé le tournage ?
Ca a duré trois jours, ça se passait dans les studios d’Epinay, où ils avaient construit des décors, avec des rails qui se rejoignaient de tous les côtés. Une nuit, on a travaillé à la gare de l’Est, aussi.

Apparemment, Gainsbourg s'était pointé sans avoir de scénario écrit.

Oui, voilà, y’a pas d’histoire, on ne comprend pas ce qui se passe, je dis au revoir à des enfants qui s’en vont en train… C’était très bizarre, mais c’était en fait des trucs de Gainsbourg, des images qui lui étaient passées par la tête en écoutant la chanson. Et comme il aimait filmer les enfants... Mais le clip est pas très beau. Il est moche, même !

 

 

Quel était son comportement, sur le plateau ?
Oh, il était sympathique, mais déjà très alcoolisé, et un peu confus sur le plan affaires ou plutôt au niveau professionnel, on va dire... Il avait parfois du mal à savoir quel plan on avait fait, et il confondait Nicolas et Stéphane, les jumeaux : un coup, il filmait l’un mais après, il engueulait l’autre, parce qu’il croyait qu’il venait de le filmer. C’était plutôt cocasse ! Et puis, il faisait des confidences... Dans ce décor, j’étais perchée à six mètres de haut : à un moment, il est venu à côté de moi pendant qu’il y avait un changement de lumière et il s’est mis à me parler de sa mère tout en me montrant une bague qu’il tenait d’elle et qu’il portait au doigt. Il devait être un peu « down », à ce moment-là, mais j'imagine aussi que je ne suis pas la seule à qui il a raconté cette histoire. En plus, il buvait pas mal de « 102 », il avait même une bouteille de pastis dans sa loge…


Nicolas Sirkis a pourtant dit un jour qu'il s'était montré « odieux »...
Pas avec moi, en tout cas. Il faut dire que les mecs d’Indochine étaient plus vieux que moi, ils faisaient leur clip et ils étaient investis là-dedans d’une autre manière, alors que moi, j’étais là un peu en touriste et plutôt contente de faire ça avec eux et de rencontrer Serge Gainsbourg. Et puis, rappelons-le, j’avais seize ans, aussi, j’étais donc pas du tout dans un truc réel. Nicolas trouvait surtout que Gainsbourg me parlait mal, parce qu’il me disait : « Bouge ton fion ! », mais moi, ça ne me choquait pas, parce c’était la manière qu’il avait de parler à la télé, donc, je n’étais pas surprise, et je savais que ce n’était pas dirigé contre moi en particulier. Non, non, j’ai pas souffert du tout sur ce tournage, avec lui... C'est plutôt deux ans plus tard que ça a coincé.


Pour la pub des sucrettes « Tutti Free » ?
Oui, voilà. C’est la dernière pub qu’il a réalisée – je me souviens que Bambou était sur le tournage, d’ailleurs. Ca a duré deux jours. J’ai oublié où ça se passait, mais c'était dans un grand appartement, qui avait été remanié et décoré. J’étais assise sur une chaise, en porte-jarretelles, et je mangeais du sucre… C’était en fait pour prouver qu’on pouvait en manger et rester mince et belle, puisque c’était du sucre de régime : j'en mettais dans une tasse de café et je disais « J’vais m’gêner ! », ou un truc dans le genre... Là, effectivement, on a eu un accroc, lui et moi. On s’est un peu frittés et j’ai pleuré, mais sinon, ça a été tranquille. Il était dans le même état que deux ans avant sur le clip d'Indochine, mais un peu plus à l’ouest. En plus, c’était compliqué, avec l’équipe : les mecs aux lumières faisaient quelque chose qu’il défaisait juste après parce qu’il n’aimait plus, ça changeait tout le temps...


En 1989, avec Lio, vous avez repris « Harley Davidson » pour une émission de Canal+. Vous souvenez-vous de quelque chose à ce sujet ?
Oh, de rien de particulier, on ne l'a pas revu à cette occasion-là, il n'était pas présent. C'était une émission de variétés durant laquelle moi et Lio dansions avec des musiciens, sur un plateau télé : on avait Philippe Dauga et Dynamite Yan, de Bijou, dans le backing band, qui jouait en play-back. Je me souviens qu'on a enregistré notre version en studio, puis notre séquence, et comme ça, on lui a rendu un petit hommage.

http://www.youtube.com/watch?v=pHn1vc0YIIE


Ce que vous avez refait il y a deux ans en chantant « Chasseur d'ivoire » au Jardin du Luxembourg, puis à l'Olympia, avec Alain Chamfort. Ca prouve aussi que vous appréciez toujours sa musique.

Oui, bien sûr, c'est vachement beau, j'aime beaucoup... Avec Alain, on a aussi chanté « La Décadanse » à la télé. Il voulait l'enregistrer avec moi, mais je ne pouvais pas, parce que j'avais mon album à l'époque, et c'est comme ça qu'il a eu l'idée de faire une version de cette chanson avec Mylène Jampanoï.



Vous êtes très liée au chanteur Philippe Katerine. Ne pourrait-on pas voir en lui un nouveau Gainsbourg, parfois, au moins dans l'attitude ?
Oui, tout comme Benjamin Biolay... Ce sont un peu des descendants de Gainsbourg, des garçons qui adorent cet homme-là, qui aiment bien travailler avec des femmes, aussi, faire des chansons pour elles, et en effet, chacun à sa manière a adopté une forme de provocation. Et Philippe a travaillé avec Anna Karina il y a quelques années, aussi.

 

 

 


A la mort de Gainsbourg, étiez-vous affectée ?
Non, je ne le connaissais pas suffisamment pour être touchée d'une manière affective. Après, c'était juste une possibilité de travailler ensemble qui s'en allait. Evidemment, je lui aurais bien demandé une chanson, mais là, ça sonnait le glas, je ne pouvais plus rêver.

© Fred Régent  - Interview réalisée en Eté 2008 pour TDC.com
Tous droits de Reproduction interdits sans accords au préalable.

 

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