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Billy Obam

A la rentrée 1987, Serge Gainsbourg sortait son deuxième album « orienté » funk, You're Under Arrest, avec la chanson du même nom, qui en était le premier single. Pour le vidéo-clip et la promo en télévision de ce titre, Gainsbourg avait avec lui un danseur et choriste, Billy Obam, dont les chorégraphies ébouriffantes ont marqué bien des mémoires adolescentes de l'époque. Après avoir travaillé pour Serge Gainsbourg, Billy a continué sa carrière, devenant chanteur, publiant des 45-tours, ainsi qu'un album, My Life. Ayant reconnu par hasard Billy en situation de concert lors d'un de ses shows-case, nous avons décidé d'aller à sa rencontre et de lui demander une interview à propos de sa « période Gainsbourg », ce qu'il a accepté avec enthousiasme. C'était également l'occasion d'annoncer que Billy a publié il y a quelques mois un CD autoproduit, Avenue Raphaël, son premier en français, et qu'il s'apprête à donner une série de concerts à l'Alhambra pour le promouvoir, ceci au mois d'octobre.

 

La rencontre avec l'artiste a lieu à Neuilly, dans un charmant café, devant quelques verres d'une boisson gazeuse bien connue. Sur le premier single extrait de son album, Billy chante « J'aime la vie », et quand on l'entend parler de Gainsbourg et de tout ce qu'il lui a apporté, on comprend qu'il est on ne peut plus sincère.


Ce qu'il y a de dingue, déjà, c'est que par rapport à l'époque de « You're Under Arrest », tu n'as pratiquement pas changé : quel est ton secret, Billy ?
Eh bien, déjà, j'essaie de faire un peu de sport. Il faut avoir une bonne alimentation, aussi, ne pas fumer, ne pas trop boire : ce n'était malheureusement pas le cas de notre ami Serge ! (rires) Mais c'est vrai aussi qu'on dit que pour nous, les noirs, ça se voit moins, quand on atteint un certain âge...

De quelle origine es-tu ?
Ma mère est du Cameroun, mon père est Californien. Comme je suis fils de diplomate, j'ai grandi entre la France, la Hollande et les Etats-Unis. Dans mon enfance, j'ai été bercé par la musique : Otis Redding, Marvin Gaye, James Brown, les Jackson Five...

Que faisais-tu avant de rencontrer Serge Gainsbourg ?
Arrivé à un certain âge, j'ai constaté que je dansais bien, et je me suis dit que je pourrais peut-être en faire mon métier. Donc, quand j'ai rencontré Serge, j'étais danseur, et il m'arrivait aussi de faire des choeurs derrière d'autres artistes.

Comment as-tu été repéré par Gainsbourg et son entourage ?
J'avais été remarqué par une personne dans un studio, alors que j'étais en train de travailler, et cette personne avait parlé de moi à Philippe Lerichomme, qui m'a appelé. Je ne savais pas du tout qui était Philippe Lerichomme, mais nous nous sommes rencontrés, dans les locaux de Philips. Là, Philippe m'a dit que Serge Gainsbourg venait de faire un album qui s'intitulait You're Under Arrest et qu'il aurait peut-être besoin de moi, étant donné que Curtis King, qui avait fait les voix sur cet album, ne pouvait pas assurer la promotion télé en France. Evidemment, j'ai été très surpris : comme tout le monde, je ne connaissais Gainsbourg que par le petit écran... Quelques jours plus tard, Philippe Lerichomme m'a donné un PBO de la chanson « You're Under Arrest » afin que je puisse travailler dessus. Ainsi, pendant deux semaines, j'ai répété, sans le dire à personne dans mon entourage, et puis, j'ai été auditionné devant Philippe. Quelques semaines après, Philippe m'a dit qu'on allait rencontrer Gainsbourg chez lui tel jour, à telle heure. Pour moi, c'était comme si le monde s'arrêtait !

Comment s'est passée cette première rencontre ?
J'avais en tête une certaine image de Gainsbourg, et je croyais donc qu'il allait me dire un truc du genre : « Allez, dégage ! » Or, le jour où je suis arrivé rue de Verneuil, c'est Gainsbourg lui-même qui m'a ouvert la porte : j'ai cru que j'allais mourir ! En entrant, j'ai tout de suite remarqué le grand portrait de Brigitte Bardot, presque nue... Ce qui m'a impressionné, aussi, en dehors de l'intérieur tout noir, c'est ce piano électrique qui jouait tout seul... J'étais tétanisé, mais Serge m'a fait m'asseoir, m'a mis très à l'aise... Il m'a demandé ce que je voulais boire, et j'ai dit : « Un coca ! » (rires) Finalement, Serge m'a dit de me lever et de leur montrer ce que j'avais préparé. Au moment où je me lève et avant que j'aie fait le moindre mouvement, Serge me dit : « C'est toi ! » Là, je ne veux pas paraître prétentieux, mais je pense que Serge et Philippe ne m'auraient pas fait venir rue de Verneuil si je n'avais pas déjà été choisi.

Et là, la machine était lancée...
Oui, à partir de ce moment, je n'ai fait que des 20 h 30 avec Serge. Du jour au lendemain, ma vie a changé. C'était l'époque où, en France, il y avait encore de magnifiques émissions de variétés en prime-time. Le premier, ça a été « Sacrée Soirée ». C'était la première fois qu'en France, on voyait quelqu'un d'aussi important chanter avec un noir à ses côtés, et il ne faut pas oublier que « Sacrée soirée » faisait tout de même dix millions de téléspectateurs... Ensuite, on a été à « Champs-Elysées ».

Là, Michel Drucker a dit à Gainsbourg : « Mais qui c'est, ce mec, Serge ? Où l'as-tu trouvé ? » Après, tout le monde me reconnaissait dans la rue, me félicitait, me disait : « Qu'est-ce que vous dansez bien ! »... Et je te jure que même aujourd'hui, il ne se passe pas un jour sans que quelqu'un ne vienne me voir dans la rue et me demande si c'était pas moi avec Gainsbourg, etc., on me refait même le refrain : « You're under arrest, 'cause you're the best ! » C'est génial, ça fait tellement plaisir !


Quelles autres télés avez-vous fait ?
On a fait « Lahaye d'honneur » de Jean-Luc Lahaye, « Cinq à la Une » de Guillaume Durand, et même « Farandole » de Patrick Sébastien, sur la Cinq : là, on s'est retrouvés tous les deux dans une cage, avec une sublime nana qui dansait derrière, c'était une idée géniale, ça aussi. Et cette nana, Serge... la connaissait très bien, quoi (rires) ! Je me souviens aussi que Serge et Jacques Dutronc, qui était invité aussi, se sont soulés ce jour-là, ils ont bien siroté... Je les revois aller aux toilettes, l'un suivant directement l'autre pour aller pisser (rires) ! J'étais habillé par Ton Sur Ton, et ces tenues se sont vendues à toute vitesse, à l'époque ! Serge m'avait demandé ce que je voulais comme tenue pour danser, et je lui avais dit que j'avais besoin de porter quelque chose dans lequel je sois à l'aise, et c'est comme ça qu'on avait choisi ces vêtements.

Répétiez-vous, toi et Gainsbourg, pour ces télés ?
Un petit peu, mais uniquement dans les coulisses. Je pense que pour ça, Serge m'avait fait entièrement confiance via Philippe Lerichomme. Quand on se retrouvait dans notre loge (Serge a toujours partagé sa loge avec moi !), je lui montrais ce que je voulais faire comme mouvements, comme gestes, et il me disait : « Ouais, c'est ça ! » ou « Non, fais plutôt ça ! » Sur scène, je partais en délire, je faisais ce que je voulais, mais c'était toujours à peu près ce que je lui avais montré. Au début, j'étais très intimidé, évidemment, je me retenais, et Serge m'engueulait, après. Il me disait : « Billy, tu m'a pas assez attrapé, là ! Il faut que tu me bouscules davantage ! » (rires) Moi, j'ai repensé à tout ça, et un soir, j'y suis allé à fond, et j'étais tellement dans la violence de mes mouvements que je l'ai carrément touché à la main. De retour dans les loges, Serge m'a dit : « Oh, putain, t'y as été fort ! J'crois qu'tu m'as cassé le p'tit doigt ! » Et c'est bel et bien ce qui était arrivé (rires) ! Heureusement, Serge ne m'en a jamais voulu.

Quelles impressions gardes-tu de Gainsbourg, plus de vingt ans après ?
Je n'ai que des bons souvenirs de Serge. C'était quelqu'un de très généreux, très chaleureux. Comme j'étais un gamin, il m'a pris sous son aile, en quelque sorte. Je pense même qu'il a vraiment essayé de me protéger comme un fils.

Y a t-il eu aussi des moments difficiles, avec lui ?
Oui. Dans notre loge, avant des télés, Serge a pleuré dans mes bras deux ou trois fois, et je l'ai réconforté. Je pense qu'il était malheureux, mais par respect pour lui, je garderai pour moi ce qu'il m'a dit.

Tu joues aussi un rôle dans le clip de « You're Under Arrest »...

Oui, j'étais là pour jouer un des flics ripoux qui menacent Serge et la jeune métisse qu'on voit avec lui. J'avais un magnum, avec lequel je devais tirer sur Serge. A chaque fois que je devais faire semblant de tirer, Serge demandait à ce qu'on revérifie les balles, qu'on voie si elles étaient bien à blanc (rires) !


Quel serait ton plus beau souvenir de Gainsbourg ?
À l'occasion d'une télé, Serge m'a réconcilié avec ma mère, qui désapprouvait mon choix de carrière : un jour, on faisait une émission, à Liège. Ma mère avait quitté la Hollande, où elle était attachée à l'ambassade du Cameroun, pour être affectée en Belgique. Elle vivait à Bruxelles. J'avais dit à Serge qu'elle et moi étions un petit peu fâchés. Serge m'a alors promis qu'on irait la voir après l'émission, et il a tenu sa promesse. D'abord, les gens sont venus demander des autographes à Serge, qui a alors dit : « Arrêtez, calmez-vous ! Je vous rappelle une chose : je ne suis pas le seul à chanter cette chanson, donc, je signe à partir du moment où Billy signe aussi ! » Et c'est là que je me suis mis à signer des autographes pour la première fois de ma vie ! Une fois l'émission finie, Serge m'a dit de prendre le téléphone et d'avertir ma mère de notre visite. Nous avons alors fait le trajet jusqu'à Bruxelles, qui est à une heure de route de Liège. Nous sommes arrivés chez ma mère, et là, Serge a été merveilleux : il n'a ni bu, ni fumé, et il lui a dit : « Ne vous inquiétez, pas, madame : votre fils a beaucoup de talent, laissez-le faire ce métier. Je peux vous dire qu'un jour, il deviendra quelqu'un de très important ! » Il lui a même offert quelque chose de très précieux, mais je ne peux pas dire quoi... C'était vraiment un moment magique. Par la même occasion, je lui ai présenté ma soeur, et il a craqué grave pour elle (rires) ! Il m'a dit après : « Oh, la bombe ! » (rires) Il lui a même donné son numéro de téléphone, mais elle n'a jamais osé l'appeler, tellement elle était intimidée...

Après « Your're Under Arrest », n'as-tu pas été tenté de demander une chanson à Gainsbourg ?
Ah, mais déjà, c'est grâce à lui que j'ai pu faire mon premier disque, « I Can't Get It Outta My Mind » : un jour, il a pris son téléphone, il a appelé devant moi le PDG de Vogue, et c'était fait. Peu après, effectivement, je lui ai dit : « Serge, ce serait bien que tu m'écrives quelque chose... » Il m'a répondu : « T'inquiètes pas, j'y pense ! » Malheureusement, ça ne s'est pas fait.

Vous êtes-vous revus, fréquentés ?
Oui, après, je l'ai retrouvé dans des endroits comme le Don Camillo, ou les Bains-Douches... Nous avons souvent dîné ensemble, aussi, et il est souvent venu chez moi, à l'époque où j'habitais un petit studio, dans le seizième. Quand il venait me voir, il mangeait comme moi des sandwiches grecs qu'on allait acheter à côté, même s'ils étaient dégueulasses, à l'époque (rires). Et je n'en revenais pas, des pourboires qu'il laissait... C'était quelqu'un de très cool et très simple, vraiment. Il aimait bien faire la bouffe, aussi, et quand il m'invitait à dîner rue de Verneuil, il allait exprès du côté de Château d'Eau pour y chercher des ingrédients dans les épiceries africaines, comme des bananes plantin.

Quelques mots sur ses proches : Philippe Lerichomme ?
Philippe Lerichomme ? 20/20 ! C'est grâce à lui et à Serge que je suis connu aujourd'hui, donc, je lui dis merci, à Philippe ! Il a été très, très important pour Serge.

Curtis King ? L'as-tu rencontré ? C'est un peu grâce à lui, aussi, que tu t'es fait connaître...
Oui, bien sûr, je l'ai rencontré quand j'ai été voir Serge au Zénith. Philippe Lerichomme m'a même dit qu'il était question à un moment que j'apparaisse sur scène avec Serge pour ces concerts, mais ça ne s'est pas fait. Mais c'est pas bien grave... D'ailleurs, une des premières choses que j'ai faites après Serge, c'est de chanter au Zénith lors d'un concert avec Vanessa Paradis, Milli Vanilli, etc.

Lulu ?
Ah, Lulu, je l'ai tenu dans mes bras ! Sa maman, que j'ai revue il n'y a pas longtemps, m'a dit qu'il est un superbe pianiste, et j'espère le recroiser un jour et qu'on aura une discussion. En plus, on m'a dit qu'une de ses chansons préférées dans celles de son père, c'est « You're Under Arrest ».

Charlotte ?
Elle était très renfermée, très réservée. La seule fois où je l'ai vraiment vue, c'est le jour où je suis allé rue de Verneuil après la mort de Serge.

Comment as-tu appris son décès ?
C'est Philippe Lerichomme qui m'en a informé, et je me suis rendu rue de Verneuil. C'était très tard le soir. Des gens m'ont reconnu, d'ailleurs, à mon arrivée, et c'était un peu gênant... Je suis entré en même temps que Jane Birkin. Charlotte était assise là, dans le salon, très triste, comme tout le monde. La dépouille de Serge se trouvait au premier étage. Je suis entré dans sa chambre, où il était allongé, avec un petit ours en peluche contre lui. Chaque visiteur avait le droit de monter et de se recueillir quelques instants devant son corps. Donc, je me suis assis sur une chaise. Je n'ai pas pleuré. Ce n'est que quelques jours après, chez moi, en revoyant des images d'archives dans une émission de Michel Drucker, que j'ai éclaté en sanglots.

As-tu jamais pensé à lui rendre hommage en chanson ?
Oui, je l'ai fait même, dans « Gainsbourg me disait », un titre de mon précédent album, qui était en anglais.

Qu'auras-tu le plus retenu dans ce que t'as appris Gainsbourg ?
Le plus beau cadeau que Serge m'a fait, c'est de me donner la force de me battre, de continuer, et c'est pour ça que je suis encore là aujourd'hui et que je peux présenter cet album, Avenue Raphaël. Avec Serge, j'ai aussi appris quelque chose de très important : être à l'heure. Quand on faisait nos télés ensemble, Serge était toujours le premier arrivé dans sa loge, et il m'a toujours dit que l'heure importait plus que tout.

Et c'est comme ça qu'on peut dire que ton heure est maintenant venue, Billy !
Merci, merci beaucoup. Et venez tous nombreux à l'Alhambra le 12 octobre !

Site officiel Billy Obam : http://www.billyobam.com/
Offre spéciale pour les participants de Tdc : Tarif exclusif jusqu'au 30 septembre dans la limite des places disponibles
18 euros au lieu de 23 euros avec le CODE: "Collectif Billy BAM"


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© Fred Régent  - Interview 2010 pour TDC.com
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