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Blind-Test Gainsbourg "Qui est in, Qui est out"

Je suis le premier punk



ou le plus vieux ...
A la veille de la soixantaine, il flirte avec le détournement de mineure.
Dans le décor rigide de la musique new-yorkaise.
Un album fragile et vacillant.
La plus humaine des récentes sorties de la vieille canaille,
Donc celle qui lui ressemble le plus.
Voici le questionnaire de 13 chansons.


BOB MARLEY & THE WAILERS

"Them belly full"
"C'est pas celui s'est fait buter, c'est celui qui est mort du cancer...
C'était mon époque reggae, j'en avais marre de Londres, je suis parti après la mort des Sex Pistols... je me suis cassé et j'ai pris les musicos de Tosh et la femme de Marley, Tosh, mais sur des harmonies trop sophistiquées, ça ne roule pas.
Il faut deux harmonies maximum. Comme dans "Aux armes et caetera" et tout ce que j'ai fait sur mon premier album reggae. Il n'était pas question d'avoir plus de trois-quatres harmonies, c'était pas possible. Et c'est comme ça que ça roule avec les rastas.... Shakespeare et Dunbar sont parmi les plus grands, mais ils se sont fait jeter par James Brown, faut pas oublier... parce qu'ils pouvaient pas assurer des harmonies trop... sophistiquées.
Sur une ou deux harmonies, ils sont superbes... (il rythme)... (rires)... autrement, ça va pas. J'ai fait le deuxième album avec eux, à Nassau... mais là, ils n'arrêtaient pas de lire le billboard... C'était plus le même contact, et ça se sent... non, sauf sur deux ou trois morceaux qui sont pas mal, "La nostalgie camarade", c'est pas dégueulasse... puis après, j'ai dit "bon ben ras l'cul"... Je ne voulais pas le son de Memphis, je ne vulais pas le son du sud, je voulais le son new-yorkais.
C'est pour ça que j'ai écouté, écouté, écouté, comme je l'avais fait pour Marley et Tosh.
Le reggae, j'en ai fait le tour... C'est une île, Kingston, on en fait vite le tour (rires)... Ce qui est déguelasse, c'est de me reprocher, comme certains journalistes, d'être retourné au reggae our un second ablum... alors que j'étais resté quinze ans avec mes Britishs, que j'ai lachés parce qu'ils commencaient à me faire chier.
Maintenant, c'est bien pour Jane, c'est bien pour Adjani, c'est bien pour Deneuve et Bardot aussi, mais moi.... J'en ai fait le tour, musicalement, il fallait que je fasse autre chose, il fallait que je me casse. Fais moi écouter aut'chose, p'tit gars !"


BARDOT-GAINSBOURG


THE JESUS AND MARY CHAIN
"In a hole"
"Anglais ou Américains ? ... Anglais, non ?... C'est le genre de plan qui me branche, parce que c'est hard et crade. Moi, j'aime bien quand c'est crade, mais pas dans le mauvais sens, dans le sens... du son. Que le son tourne et qu'il y ait des "balls"... j'aime bien en prendre plein la gueule. Hard et crade, ça j'aime et j'aimerai toujours... parce qu'il se passe quelque chose sur scène surtout. Bon, qu'est ce qu'ils sont devenus ces p'tits gars ? Ils tiennent ? Ils se plantent pas ?... Et bien, il y a un constat policier à faire : les petits groupes francais ne déménagent pas comme ça... Moi, ça, ça me fait bander. Je cherche déespérémment. Et quand je dis désespéremment, c'est vraiment désespéremment. Pourquoi les Ricains et les Britishs sont plus forts que nous ? J'ai pas dit que moi, hein ! (rires)... C'est le feeling, le feeling et le language.
Comment veux-tu traduire "one more time" ?! "Encore une fois" ? C'est grotesque ! Ou quand tu balances "I feel better now"... "Je me sens mieux maintenant" ? (rires)... Nous, nous avons une langue gutturale... C'est un constat. C'est pour ca que j'ai toujours été branché par les Britishs et les Ricains... Voila tout ce que j'ai à dire sur ce petit groupe merdique".


CHRIS ISAAK
"Wild Love"
"C'est british, ca ?... Non, c'est ricain ? (rires)... Tu vois, c'est flagrant : c'est plus fort. J'ai pas grand chose à dire là dessus... simplement... pour baiser, c'est pas mal. Ca SERAIT pas mal, car j'vais pas acheter ça (rires)... Next !"




JACQUES DUTRONC
"Le Testamour"
"Dutronc, c'est un copain à vie. A vis (rires)... c'est à dire que tu peux serrer les boulons (rires)... Tu gardes ça, p'tit gars, hein ?... C'est une amitié éternelle, Dutronc et moi. Sur son dernier album, il fait "Opium, poison d rêve", avec Bambou (rires)... et parallèlement, je sors "Aux enfants de la chance", (la croisade anti drogue du nouvel album, ndrl)... (rires)... Il faut voir quelles sont ses ambitions. Il a une ambition en tant qu'acteur... Et il reste dans son flash back sixties. Je crois que ce qui le ronge, comme le renard des Spartiates -les Spartiates, on leur mettait un petit renard qui leur bouffait la poitrine et ils ne devaient pas broncher... Il a été extremement blessé par... les producteurs de cinéma, peut être aussi par les metteurs en scène... Donc, il s'est remis à la chanson et il sort ce nouveau disque qu'est pas dégueu, pas dégueulasse du tout. En fait, c'est un timide, c'est un anxieux et un timide. Mais pour moi, c'est ce qu'on peut faire de mieux... derrière moi (rires)... Next !


NEW YORK DOLLS
"Looking for a kiss"
"Merde, je sais plus ce que c'est.... mais j'connais ! C'est pas les Sex Pistols... Les Sex Pistols, c'est destroy... c'est à dire... suicidaire. Et moi, j'aime bien les plans suicidaires. C'est pour ca que j'ai pas de flingue ici, c'est parce que je suis un suicidaire. Et parallèlement, ce genre de musique, c'est suicidaire. Parce que ça, c'est des drugmen, des junkies, ca se sent immédiatement... La musique est suicidaire, les mecs sont suicidaires, et à la fin du parcours -et il n'est pas très long, il y a des suicides, il y a la mort... C'est un plan hyper dangereux...hyper dangereux... Ce sont les Bollocks Brothers qui m'ont offert mon coffret des Sex Pistols, parce qu'ils savent que j'étais un fana de ce p'tit con là, qui s'est trucidé... Suid Vicious. C'est là que j'ai décidé d'aller en Amérique, j'ai dit "y'en a marre des Anglais". C'était une motivation. Passe à autre chose."


GLADYS KNIGHT & THE PIPS

"I Heard it through the grapewine"
"C'est une pisseuse, ca ! Qui est ce ?... et les pipes ? Elle fait des pipes (rires)... attention, tu gardes ça, hein, me trahis pas, p'tit gars... Non, no way... j'ai oublié, fait chier... passe à aut'chose."




PRINCE
"Starfish and Coffee"
"... (sourire)... J'ai l'impression d'écouter Jackson, mais c'est pas lui, hein... Ah c'est Prince (fatigué)... Belle gueule, c'est tout ce que je pourrais dire...Non ca va, sans plus... faudra voir son parcours... I don't know, I don't care... non, non, c'est pas déguelasse, ca va, sans plus. J'préfère Cochran et Buddy Holly."




BUDDY HOLLY
"It's so easy"
"J'aime bien les flashbacks, Buddy Holly et Cochran, c'est for ever pour moi... Cochran, Holly, c'est à jamais dans mon âme, dans mon coeur. Et là je parle sérieusement, je déconne plus... C'étaient des précurseurs, des visionnaires, dirons nous, voilà, ils sont morts, trop jeunes, ces gamins... Elvis, "Love me tender" : une guitare, c'est tout, ces mecs se défendaient avec ca ! Alors qu'il y a des connards qui se tapent des trucs avec quinze mille musicos ! (rires)... Là, tu as juste une guitare, et ca fait bander ! Next ,"


BILLIE HOLIDAY
"Speak low"
"Arrête, déconne pas ! C'est Billie Holiday. C'est l'amour de ma vie. Billie Holiday, c'est... J'aime pas le mot fan... j'suis un fanatique. Elle a chanté "Gloomy sunday", que j'ai repris pour elle sur le dernier album... je l'ai vue. Vous n'étiez pas nés, je l'ai vue, cette petite, cette junkie... au Blue Note, à Paris. Elle a eu une vie atroce... mais c'est pour ca qu'elle est aussi sublime, parce qu'elle s'est fait violer à treize ans, elle a comencé à se shooter et puis elle en est morte... comme une autre sublime, Judy Garland... on peut faire une parallèle entre Billie Holiday et Judy Garland. Bille Holiday, c'est l'amour de ma vie. For ever, avec Marylin Monroe... Je parle de Marylin en tant que pisseuse, j'en dirais pas autant de Billie Holiday... Elle a trouvé un style que tous les plus grands musiciens de jazzz ont repris... c'est à dire qu'elle chante before the beat... (il chantonne) Billie Holiday, déchirante.... Quant à Judy, aussi, shootée à mort... Peut être, je ferai un meilleur disque si je commencais à m'shooter (rires)... Non ! j'veux pas ! Maman, au s'cours ! (rires)... Next !"


THE BOLLOCKS BROTHERS

"Harley David son of a bitch"
"Mais ca, c'est "Harley David..." Qui fait ca, c'est moi ? (rires)... C'est pas moi ca !... C'est les Bollocks Brothers ! Oh, mes copains ! Qu'est c'qui sont gentils, ces p'tits gars !... On peut pas dire que c'est génial, faut pas charier, hein, c'est pas parce que c'est mes copains (rires)... enfin... ils m'adorent... mais Balzac dit qu'en amour, y'en a toujours un qui souffre et l'autre qui s'emmerde. J'espère qu'ils souffrent pas trop. La suite, p'tit gars !"


JIMI HENDRIX

"Hey Joe"
"Ca, c'est un des plus grands génies actuels. Le pauvre, il a cassé sa pipe... Hendrix... Oh merde, je cherchais des rimes en x pour l'album, shit ! (rires)... Ce qu'il y a de terrible, c'est que je suis branché sur les Amerloques et sur ces enfoirés de Britishs.Et pourquoi j'accroche pas sur les Frenchies ? J'suis pas french, moi, j'suis russe... Hendrix. J'fais une fixation aussi sur James Brown... Hendrix, c'est plus musical... Il y a un constat terrifiant, c'est que je fais une fixation sur tous les mecs qui ont cassé leur pipe, soit par overdose, soit par crash d'avion, soit par crash de taxi comme Cochran... Allez next !"


BERRURIER NOIR
"L'empereur Tomato-Ketchup"
"... (moue)... Maintenant, j'pense qu'on est libre... on est libre... ON EST LIBRE !"






GAINSBOURG-BIRKIN

"69 Année érotique"
"(sur l'intro) Ah ! C'est "69 Année érotique"... C'est Jane, c'est Janette ! (en s'écoutant)... De quoi ? Qu'est ce que vous dites ? Articulez mon vieux !... (en écoutant Jane) Je sais pas comment elle se démerde, elle a gardé son accent british... je lui ai fait de belles chansons, à cette petite gamine...Bon, pas te raconter ma vie privée, mon p'tit gars... elle m'a jeté et c'était bien fait pour ma gueule, puisque j'lui cassais la sienne. Cut !


Propos recueillis par C."P'tit gars" WHATSHISNAME.

"Je t'aime moi non plus"
"... Souvenir, souvenir..." tu peux couper, mon p'tit gars.
C'est Bri-Bri... Elle m'appelait Gain-Gain, alors je l'appelais Bri-Bri,quand vous étiez encore des gamins.
Bon, il y a une plaisanterie, là, c'est à dire que les kids ont pensé que la version originale, c'était Jane et que celle là était un remake.
Ils ont tout faux. Ca, c'était la première. Je l'ai enregistrée en 67, avant de rencontrer la petite Jane...C'est Brigitte qui m'a fait interdire la version originale... ou originelle. En tant que l'un des derniers gentlemen en ce monde, j'ai dit "ok, ok... on arrête tout et puis merde.." et puis j'te jure que cette chanson restera dans mon enfer, que personne ne l'entendra... Brigitte m'a appelé il y a quelques mois pour me dire "allez, on le sort, et les royalties seront pour mes clébards...."
En 67, je l'avais fait écouter à Valérie Lagrange, une superbe plante à l'époque, et à Mireille Darc... C'était une trop belle chanson... La première "hard" au monde... si on exclut les Blacks qui, en 1925, faisait du hard-core... dur... ils appelaient ça du "dirty black rock".
C'était pas dégueu. "Je vais te limer à tel point que ça va faire du beurre", j'ai entendu ce genre de paroles... ils avaient un petit marché, ces "dirty songs for the blackies"... Donc Valérie Lagrange, Mireille Darc, puis est arrivée une petite Anglaise des sixties, minijuge...Elle était convoquée pour shooter un film... j'ia pas dit pour se shooter...-il faut garder toutes les conneries, hein ?!- pour shooter (rires)... un film avec moi... "Do you like this song ?". Elle était très impressionnée par la version de Bri-Bri, de Brigitte. Et sans rien dire à ma maison de disques, j'ai emmené enregistrer cette charmante petite Jane Birkin, swinging London, Chelsea... tu vois ma p'tite veste punk ? Et bien elle date de ces années là ! Puis je reviens à Paris, et là, je vois mon boss, il écoute... très attentivement, en regardant les superbes jambes de Jane... Il me dit "écoutez Gainsbourg, vous risquez la taule parce qu'on est en 69 -année érotique-, en tant que compositeur, en tant que lyricist, en tant qu'éditeur, et moi je risque la taule en tant que producteur.
Je pense que pour un 45, ca vaut pas le coup. Alors, vous allez immédiatement retourner à Londres, et vous allez me faire un 33 !". C'est beau comme phrase, hein ? Et là dessus, l'Osservatore Romano, le journal du Vatican, attaque en disant que c'est la décadence totale, en disant "surtout, ne vous approchez pas des enfers". Et dans le monde entier c'est le rush des millions de 45t vendus. Histoire identique avec "Aux armes etc". D'ailleurs, j'ai l'original, écrit par la main de Rouget de L'Isle, qu'était d'ailleurs pas un mec très net, puisqu'il était royaliste (rires)... J'allais dire bolchevique (rires)... Ce qui est extraordinaire, c'est le retour sur Paris de cette Marseillaise. La vente aux enchères était à Versailles... Là, il y a un retour historique... J'ai pris un garde du corp, pas pour moi, hein, j'dis toujours, un garde du corps, ca fait deux morts. J'ai pas besoin de garde du corps, j'préfère me faire flinguer tout seul. Là, j'en ai pris un pour me garder l'original de la Marseillaise.
Alors, retour historique. La voiture était une Cadillac, américaine. Le chauffeur était italien, Bambou était derrière, c'est une nyac, une chinetoque, quoi. Le garde du corps, c'était un polac, et moi, j'suis un juif russe ! (rires)... Avec la Marseillaise ! (rires)...
Bon, tu m'envoies quelque chose d'autre ?"
 

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