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Biographie

Serge Gainsbourg : L'Esthétique des Temps Révolus.

J'ai lu "Coup de lune", point.
J'ai vu l'afrique, virgule.


Propos recueillis par Jef Tombeur, le 29 juillet 1989, rue de Verneuil à Paris.
Simenon est un très grand romancier. Attachant, affirmatif. Mais Gainsbourg s'est dispensé de le lire vraiment... Acharné à réussir son coup d'état des lieux équatoriaux, il a trimé comme un gnou. C'était pas tous les jours bamboche avec Bambou.


Jef T. - Vous avez découvert Simenon et l'Afrique du même coup, en un seul mouvement... Dans Équateur, c'est votre Afrique ou celle de Simenon ?
Serge Gainsbourg - Je ne pense pas que Simenon ait vu le film… Je n'ai pas eu d'échos, pas du tout. Je sais qu'il a lu l'adaptation, et qu'il a donné son O.K. Sinon, cela ne se serait pas fait, il avait droit de regard, en tant qu'auteur.C'est ce que la production m'a dit, enfin, maintenant, ce serait à vérifier…
J'ai adapté, en visualisant les mouvements de caméra, en fonction des optiques… Je pense toujours au montage avant et en réalisant mes films. Mais je n'avais jamais lu Simenon avant. Mes premières lectures dans ce genre, c'était Peter Cheney, James Hadley Chase et Chester Himes.
Mon père aimait bien cet écrivain. J'ai juste lu ce livre. J'en ai parcouru certains autres, des passages... C'est pas mal écrit. Non, c'est très bien, très bien écrit, "Coup de lune", ce doit être l'un de ses plus beaux…
Pour le reste, je ne suis pas un fanatique de Simenon dans ses ambiances de canaux ou de brouillard, tout est toujours assez morne… J'avais vu quelques films, ceux d'avant-guerre, avec Gabin. En noir et blanc.

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L'interview du cinquantième anniversaire par Michel Leydier.

La porte s'entrouvre sur un nez busqué, un œil mi-clos. Mi-clos mais curieux. En fait c'est une sorte d'asymétrie à la Picasso qui se glisse dans l'embrasure ...


Michel Leydier est le biographe de Jacques Dutronc. Il a bien voulu livrer pour "tetedechou.com" ses souvenirs de "jeune homme" et sa rencontre avec Gainsbourg  qu'il laisse à ce site.

C'est l'histoire de deux "p'tits gars" qui décident de cogner à la porte du frais quinquagénaire le plus savamment déglingué de la rue de Verneuil. Nous sommes en 1978. C'est la fin de l'hiver. Il pleut. La génération de pisseuses qui s'apprête à mouiller pour Lucien-père n'en finit pas de sucer des sucres d'orge et autres sucettes à l'anis. Chronologiquement, l'artiste Gainsbourg se situe, rayon galettes, entre "L'homme à la tête de choux" et "Aux armes etc." ; côté pelloche, entre "Je t'aime... moi non plus" et "Equateur". Il n'a donc encore tâté ni du reggae ni du funk, ni remis les pieds sur les planches, ni brûlé aucun Pascal à la télé. Quant au fabricant de sports-air / prêt-à-chanter - aussi à l'aise dans le détail (hit-singles sans lendemain pour starlettes-Kleenex), que dans le demi-gros (album sur mesure), ou carrément le gros (cf. le protectorat Birkin) -, il s'apprête à gratter pour Deneuve, Adjani, Bashung, Chamfort, Charlotte... Ceci pour replacer les choses dans leur contexte. Vous y êtes ?

Donc toc-toc rue de Verneuil un jour de pluie.

La porte s'entrouvre sur un nez busqué, un œil mi-clos. Mi-clos mais curieux. En fait c'est une sorte d'asymétrie à la Picasso qui se glisse dans l'embrasure.
-C'est pour quoi ?

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Blind-Test Gainsbourg "Qui est in, Qui est out"

Je suis le premier punk



ou le plus vieux ...
A la veille de la soixantaine, il flirte avec le détournement de mineure.
Dans le décor rigide de la musique new-yorkaise.
Un album fragile et vacillant.
La plus humaine des récentes sorties de la vieille canaille,
Donc celle qui lui ressemble le plus.
Voici le questionnaire de 13 chansons.


BOB MARLEY & THE WAILERS

"Them belly full"
"C'est pas celui s'est fait buter, c'est celui qui est mort du cancer...
C'était mon époque reggae, j'en avais marre de Londres, je suis parti après la mort des Sex Pistols... je me suis cassé et j'ai pris les musicos de Tosh et la femme de Marley, Tosh, mais sur des harmonies trop sophistiquées, ça ne roule pas.
Il faut deux harmonies maximum. Comme dans "Aux armes et caetera" et tout ce que j'ai fait sur mon premier album reggae. Il n'était pas question d'avoir plus de trois-quatres harmonies, c'était pas possible. Et c'est comme ça que ça roule avec les rastas.... Shakespeare et Dunbar sont parmi les plus grands, mais ils se sont fait jeter par James Brown, faut pas oublier... parce qu'ils pouvaient pas assurer des harmonies trop... sophistiquées.
Sur une ou deux harmonies, ils sont superbes... (il rythme)... (rires)... autrement, ça va pas. J'ai fait le deuxième album avec eux, à Nassau... mais là, ils n'arrêtaient pas de lire le billboard... C'était plus le même contact, et ça se sent... non, sauf sur deux ou trois morceaux qui sont pas mal, "La nostalgie camarade", c'est pas dégueulasse... puis après, j'ai dit "bon ben ras l'cul"... Je ne voulais pas le son de Memphis, je ne vulais pas le son du sud, je voulais le son new-yorkais.
C'est pour ça que j'ai écouté, écouté, écouté, comme je l'avais fait pour Marley et Tosh.
Le reggae, j'en ai fait le tour... C'est une île, Kingston, on en fait vite le tour (rires)... Ce qui est déguelasse, c'est de me reprocher, comme certains journalistes, d'être retourné au reggae our un second ablum... alors que j'étais resté quinze ans avec mes Britishs, que j'ai lachés parce qu'ils commencaient à me faire chier.
Maintenant, c'est bien pour Jane, c'est bien pour Adjani, c'est bien pour Deneuve et Bardot aussi, mais moi.... J'en ai fait le tour, musicalement, il fallait que je fasse autre chose, il fallait que je me casse. Fais moi écouter aut'chose, p'tit gars !"

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Gainsbourg post mortem ...
Propos recueillis par Bayon pour le Journal Libé en 1981.

GAINSBOURG : Bon, je suis mort. Je fais un bilan.
Journal LIBE : C'est déjà une appréciation...

S.G. Un mort avec la parole, il fait le bilan... De toute façon, je suis à côté de mon chien puisque
je l'ai perdu, je l'ai donc retrouvé. Il est mort d'une cirrhose...
Libé. Peut-être était-ce par osmose ?
S.G. Ouais, oui, c'est vrai. ( Sur la bande on entend le pétillement du champagne rosé que Gainsbourg
se sert généreusement)
Libé. Quand est-ce que ça s'est passé ?
S.G. Il n'y a pas longtemps. C'est le coeur qui a laché. Non, c'était plutôt une overdose de plomb (rire).
Libé. Un "Sid Vicious"(1) de plomb...
S.G. Ouais, c'était un allumé.
Libé. On est en quelle année ?
S.G. On est en... quatre-vingt... dix...

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Les Dessous Chics de Monsieur Serge Gainsbourg


Les Aveux

Je n’ai pas la notion de nostalgie. J’ai une faculté d’oubli. C’est, je crois, une qualité. Elle est volontaire, il y a des épisodes que j’ai voulu effacer de ma vie, Il y a eu des incidents, sur le plan sentimental surtout. Elle est sélective, je garde des moments cruciaux.


L'enfance

Ma mère avait perdu un petit garçon avant ma sœur aînée, elle ne voulait plus d’enfant. Et puis elle se trouve enceinte...
Alors elle va voir un mec - à l’époque c’était extrêmement prohibé et dangereux - dans un quartier glauque, Pigalle ou Barbès. Elle entre et voit une cuvette en émail, rouillée, cerclée de mauve, une cuvette à l’ancienne. Elle a eu peur, elle est partie.
Ensuite, le toubib entend battre deux cœurs et lui dit “Vous avez des jumeaux.”
Elle se dit “Chic, je vais avoir deux p’tits gars.” Le premier à sortir, c’est ma sœur, Alors elle s’est mise à pleurer en se disant “Je vais avoir deux filles.”
Et qui arrive ? Lulu ! (rires)... Alors là, évidemment, j’étais le chouchou de ma maman.
Mon premier souvenir est musical. C’est mon père au piano. Je devais l’entendre quand j’étais encore dans l’intérieur de ma mère... Il jouait Scarlatti, Bach, Chopin, Gershwin, Cole Porter, Irving Berlin. Ma première initiation.
Plus tard, il m’a mis lui-même au piano, au piano classique. A la TSF, comme ça s’appelait à l’époque, on n’écoutait que du classique. Mon père s’y mettait par plaisir mais, de par son métier, il était obligé de jouer la “Rhapsodie in blue” etc. etc. Que j’ai essayée, mais je n’ai jamais pu, je n’avais pas assez de technique.
Ses parents étaient-ils déjà musiciens ? Il a toujours été très secret là-dessus, je n’ai jamais su. Je ne savais rien. Il voulait être peintre, il a abandonné, il a fui les bolcheviques en passant par la Turquie et a dit “Le pays de la liberté, c’est la France.” Il avait une trentaine d’années.

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